samedi 31 octobre 2009

Karadzic, Plavsic: la Bosnie se rappelle à nous

Ces derniers temps j'ai côtoyé de nombreux Bosniaques résidant en Belgique, ce qui m'a fait percevoir tout différemment l'actualité récente, fortement marquée par la Bosnie et plus précisément la période de conflits de 1992-1995. Rappelant que derrière l'actualité et derrière l'histoire avec un grand H se trouve le destin d'hommes et de femmes condamnés à l'exil par les cahots de l'histoire. Une fois de plus derrière l'actualité récente se pose une question de fond: quel est le droit des victimes dans toutes les mesures qui ont été prises par les occidentaux? De la création du TPIY aux interventions diplomatiques, lesquelles reposent sur des demandes des victimes? Qui a pris en compte ce que pensent et vivent les victimes? Hier et aujourd'hui...

Tout d'abord il y a eu l'annonce de la libération de Billjana Plavsic. Le 27 octobre, B. Plavsic a été libérée de sa prison de Stockholm. Surnommée la "dame de fer", elle avait été condamnée par le TPIY à 11 années de prison (peine "très clémente" selon le journal Le Monde) et est libérée 2 années plus tôt. Elle vivra désormais en Serbie où, selon un proche, elle désire vivre paisiblement auprès de sa famille. Scientifique de formation, elle a écrit des textes racistes reposant sur des affirmations pseudo-scientifiques. Ce qui est cruel: M. Dodik a envoyé un jet de la Republika Srpska pour transporter B. Plavsic jusqu'en Serbie. Comme si c'était une VIP.

Ensuite il a été question de Radovan Karadzic (son prédécesseur à la présidence de la Republika Srpska), qui a décidé de boycotter son procès au TPIY, et ne s'est donc pas rendu à l'audience. Ayant décidé d'assurer lui-même sa défense et considérant qu'il a manqué du temps nécessaire à la prise en connaissance de son dossier, cela rend impossible un procès aux yeux du tribunal. Que décideront les juges la semaine prochaine quand reprendra le procès? Il a bien réussi son coup, le procès a déjà été suspendu et il «fait l'actualité». L'intérêt que pouvait représenter ce procès se voit ainsi renvoyé derrière des péripéties de cour de faible niveau. Ne soyons pas dupes, il est faux que Radovan Karadzic se défende seul, il dispose d'une équipe d'avocats, dont l'un des membres, Goran Petronijević, fait d'ailleurs des déclarations à la presse. Donner l'image d'un homme seul face à la machine judiciaire est inexact. Peut-être comme l'écrit le site d'information BIRN s'agit-il uniquement d'une façon de gagner du temps et de passer pour un martyr. Mais nul n'est dupe.

Et puis je constate (j'aurais dû noter ces informations au fur et à mesure) qu'il y a une pression diplomatique croissante sur les Pays-Bas qui s'étaient engagés à empêcher l'application de certains accords entre la Serbie et l'UE tant que Ratko Mladic n'aura pas été capturé et remis au TPIY. Au fil des semaines il semble que les pressions diplomatiques se font de plus en plus fortes pour que les Pays-Bas changent de position et considèrent désormais que "la Serbie a fait suffisamment de progrès". Blic évoque dans un article la pression qui désormais vient des USA. Les Pays-Bas tiendront-ils bon ou bien la «realpolitik» l'emportera-t-elle? Est-il imaginable que la Serbie puisse entrer dans l'UE avec Ratko Mladic comme fugitif? Le 4 novembre Serge Brammertz est attendu à Belgrade, parlera-t-il de progrès dans la coopération de la Serbie avec le TPIY? En tout cas la pression s'accroît sur les Pays-Bas pour qu'ils acceptent la mise en oeuvre de l'Accord de Stabilisation et d'Association (SAA), première marche vers l'adhésion du pays à l'UE.

En France la famille des Kovac a pour sa part intenté des actions et a tenté de s'opposer à la libération de B. Plavsic. Stéphanie Maupas du Monde écrit: Cette "réhabilitation" inquiète Me Ivan Jurasinovic. Avocat de la famille Kovac, réfugiée en France pendant la guerre de Bosnie (1992-1995), il a engagé en 2005 une procédure en demande de réparations contre quatre responsables bosno-serbes, dont Biljana Plavsic et Radovan Karadzic. Le Tribunal international ne prévoit pas de réparations pour les victimes, mais les invite à se tourner devant les juridictions de leur pays pour faire valoir leurs droits. Pour la famille Kovac, la partie s'annonce désormais plus complexe. "Si de retour à Banja Luka (chef-lieu de l'entité serbe de Bosnie), Biljana Plavsic devient ministre, explique maître Jurasinovic, elle bénéficiera de l'immunité, et il n'y aura plus de possibilité de la poursuivre."

Enfin, toujours à propos de la Bosnie: quelle sera l'attitude de la Serbie à propos des projets de réforme institutionnelle? L'architecture de la Bosnie, composée de la Fédération croato-musulmane et de la Republika Srpska est inefficace et une issue doit être trouvée. Quelle sera l'issue de ce qui semble une impasse politique?

Liens: La communauté internationale au chevet de la Bosnie, sans grand espoir (Courrier des Balkans), Karadzic devant ses juges, Plavsic libérée (L'Express), La "dame de fer" de Bosnie sort de l'ombre (Le Monde), Milorad Dodik: Dočekao sam Biljanu Plavšić iz moralnih razloga (SEEbiz/B92), Une famille bosniaque poursuit Radovan Karadzic - Angers (Ouest France).

jeudi 29 octobre 2009

Y aura-t-il une «affaire Chomsky» à Amnesty International?

Une série d'emails circulent depuis ce matin concernant une prochaine conférence outre-manche de Noam Chomsky pour l'organisation de défense des droits fondamentaux Amnesty International. Une lettre ouverte a été rédigée et diffusée par Ed Vulliamy et a donné lieu à l'envoi de mails de protestation à l'organisation, en anglais et en allemand. Je proposerai demain matin les textes en question, que je traduirai ce soir. Voici en tout cas, pour information, un des appels à Amnesty que j'ai reçu à l'instant d'une membre de l'ONG Society for Threatened Peoples. Je traduirai sous peu les textes ainsi que l'éventuelle réaction d'Amnesty. Je n'en sais pas plus pour l'instant, je ne connais pas le fond du dossier. En 2005 des textes avaient circulé sur la même thématique; peut-être faut-il voir ici une occasion de clarifier les choses. Je poste l'information car la question des crimes commis durant les conflits de l'éclatement de la Yougoslavie demeure un problème pour une partie de l'intelligentsia européenne, notamment classée à l'extrême gauche. Les débats ont souvent confondu la question des faits avec l'analyse politique du rôle de la communauté internationale, les accords de Dayton, l'intervention de 1999 de l'Otan, etc.

Chère Madame Khan, Chère Madame Allen,
Nous tenons à protester avec autant de force que nous pouvons contre la décision d'Amnesty International d'inviter Noam Chomsky à donner une conférence dans le cadre de votre Conférence Annuelle, ces 30 octobre à Belfast et 2 novembre à Dublin.
Nous regrettons très profondément le fait qu'une organisation de défense des droits humains ait choisi d'offrir au Professeur Chomsky une plate-forme pour exprimer et promouvoir ses vues qui incluent de façon notable une relativisation du génocide perpétré contre les Musulmans de Bosnie.
Nous attendons que Amnesty mène campagne en faveur des droits des victimes et de leurs familles et prenne une position très ferme contre le déni du génocide. A défaut, l'organisation risque de perdre sa crédibilité.
Très sincèrement,
Signature*
1. Mme Kate Allen, Directrice de Amnesty International UK (AIUK). E-Mail: sct@amnesty.org.uk
2. Irene Khan, Secrétaire Générale de Amnesty International. http://www.amnesty.org/en/contact

"Migrations : la détresse des jeunes Rroms «réadmis» en Serbie" (BIRN/Courrier des Balkans)

La question du renvoi vers la Serbie de personnes ayant quitté ce pays depuis parfois très longtemps, demeure problématique.

On apprend que la Belgique a signé un accord bilatéral il y a peu, selon lequel les Kosovars qui ne seront pas régularisés (dans le cadre de la campagne de régularisation en cours?) seront renvoyés au Kosovo. Voici un communiqué du Secrétaire d'Etat en charge de ce dossier: "Le Secrétaire d’Etat belge à la Politique de Migration et d’Asile, Melchior Wathelet, et le Ministre de l’Intérieur kosovar, Zenun Pajaziti, ont signé ce midi un accord important dans le cadre du flux migratoire kosovar vers la Belgique. La richesse de cet accord, fruit d’une négociation longue de deux ans entre les autorités des deux pays concernés, est double. La signature de ce document entre nos deux pays traduit, d’une part, l’engagement du Kosovo à réadmettre les Kosovars vivant en Belgique qui ne rentreraient pas dans les critères de régularisation tels qu’arrêtés par le gouvernement belge. A ce titre, cela constitue un signal fort tant pour les Kosovars en situation illégale que pour la population belge. Cet accord répond d’autre part à une demande du Kosovo lui-même de conclure et mettre en œuvre ce type d’accord, celui-ci permettant un rapprochement avec l’Union Européenne. Depuis son indépendance, c'est la première fois que le Kosovo signe un accord de réadmission bilatéral. Le BENELUX a par ailleurs indiqué aux autorités kosovares sa volonté de négocier un Traité formel entre les quatre Etats. Le texte de celui-ci est d’ores et déjà en préparation. L’Office des Etrangers lancera en outre le 1er novembre prochain une campagne visant à encourager les Roms du Sud-ouest du Kosovo, population demandant majoritairement l’asile chez nous, à s’investir dans la politique locale de leur pays."

L'Allemagne aurait décidé de renvoyer 14.000 réfugiés kosovars.

On lira l'intéressant article de BIRN traduit sur le site du Courrier des Balkans: "Des milliers de jeunes Rroms, qui sont nés ou ont grandi en Europe de l’Ouest, sont expulsés vers la Serbie à la suite des accords de «réadmission» conclus avec l’UE. Mais l’intégration est souvent difficile pour ces jeunes qui ne connaissent ni la langue, ni les codes culturels d’un pays qui n’a jamais été le leur. Et la Serbie manque de moyens pour favoriser l’assimilation de ces nouveaux arrivants. Un reportage du BIRN." Lien.

lundi 26 octobre 2009

"Le 14 septembre 2009 restera un jour sombre dans l’histoire de la justice internationale" (Comité de soutien à Florence Hartmann)

Un groupe de soutien à la journaliste Florence Hartmann lance une pétition internationale (lien), qui fait suite à la condamnation de cette dernière en septembre dernier:

AUX JUGES DU TPIY ICTY – TPIY
TRIBUNAL PENAL INTERNATIONAL POUR L’EX-YOUGOSLAVIE
Churchillplein 1
2517 JW LA HAYE
PAYS-BAS

Messieurs les Juges,

Le 14 septembre 2009 restera un jour sombre dans l’histoire de la justice internationale.

En déclarant Florence Hartmann coupable, vous avez souhaité envoyer « un signal fort » selon les termes du jugement.

Et c’est bien un signal fort que nous avons reçu.

Le signal d’une tentative dangereuse d’instituer une jurisprudence contraire à la mission de ce Tribunal, et à celle établie jusqu’ici par les tribunaux internationaux comme par la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

En effet, en étendant la notion de confidentialité aux motivations juridiques par lesquelles les magistrats ont décidé de restreindre l’accès à certains éléments de preuve, vous remettez en cause deux principes fondamentaux indispensables au bon fonctionnement de tout système judiciaire : celui du contrôle de la légalité et celui de la transparence. Les juges doivent rendre compte de leurs décisions juridiques, lesquelles doivent pouvoir être discutées voire critiquées car il est légitime et nécessaire que l’opinion publique débatte de la légalité des décisions de justice.

Par ces deux dérogations aux us et coutumes, vous tentez d’imposer une justice secrète.

Le signal d’une tentative dangereuse de limiter la liberté d’expression

En effet, vous reconnaissez que les écrits de Florence Hartmann n’ont pas révélé de vérité jusqu’alors inconnue sur les documents du Conseil Suprême de Défense de la Serbie, mais se sont fait l’écho de nombreux débats et écrits qui circulaient librement bien avant la publication des deux textes incriminés. Or Florence Hartmann seule est poursuivie et condamnée.

Vous imposez ainsi de nouvelles restrictions à la liberté d’expression en vous arrogeant le droit d’empêcher la publication d’informations qui ont déjà été rendues publiques, partiellement ou entièrement. Vous savez pourtant qu’une telle ingérence est contraire aux droits fondamentaux garantis dans les démocraties.

Vous tentez ainsi de dénier aux journalistes et aux media le droit de rendre compte de la vérité lorsque celle-ci vous met en cause, incitant toute la profession à s’autocensurer.

Un signal désastreux aux victimes au nom desquelles vous êtes censés agir.

En effet, votre argumentation place les intérêts des États bien au-dessus de ceux des victimes qui ne sont même pas évoquées dans votre jugement.

Vous participez ainsi, nolens volens, à une relecture de ce conflit qui tend à disculper la Serbie de Milosevic et à priver les victimes de leurs droits.

Pourtant quelques semaines après le jugement, votre président, le juge Robinson, a rappelé devant l’Assemblée générale des Nations unies l’importance de dédommager les victimes de crimes de guerre soulignant que leur rendre justice ne consistait pas uniquement à punir les bourreaux mais également à rendre aux victimes leur dignité en s’assurant qu’elles aient les moyens de reconstruire leur vie. Et d’ajouter que d’omettre de les dédommager serait contraire aux normes essentielles du droit international et contrarierait les efforts entrepris pour rétablir durablement la paix et la stabilité dans la région.

Or c’est justement pour avoir dénoncé une violation de ces principes défendus depuis avec éloquence par votre président que vous avez condamné Florence Hartmann.

Plus qu’à tout autre, c’était à vous qu’il incombait d’établir la vérité en vue d’une réconciliation régionale. Vous le deviez aux victimes et à l’Histoire.

C’est cela que juristes, diplomates, journalistes, historiens et citoyens du monde, nous attendions de vous.

Car au moment où les négationnismes redoublent de virulence et empêchent une paix durable, il apparaît plus important que jamais d’établir la vérité, à savoir que cette guerre d’agression relevait bien d’une volonté de purification ethnique accompagnée de crimes que la Cour Internationale de Justice a qualifiés de génocide.

C’est pour toutes ces raisons que Florence Hartmann n’aurait jamais du être inculpée ou condamnée et qu’elle doit être acquittée en appel.

vendredi 23 octobre 2009

"Joca Amsterdam" a-t-il commandité l'exécution de la ministre de la Justice?

Le journal Blic annonce qu'un contrat aurait été conclu contre la ministre de la justice Snezana Malovic par Sreten Jocic alias "Joca Amsterdam", dont on suspecte la reponsabilité dans l'assassinat d'un journaliste croate (Ivo Pukanic). Tout cela demande à ête démontré. A prori il s'agirait d'une exécution en vue d'éviter une nouvelle loi portant sur la confiscation des biens illégalement acquis. Apparemment un contrat aurait été signé alors qu'elle devait accoucher en janvier à l'hôpital. En tout cas la ministre aurait reçu à partir du mois de mars de nombreuses menaces par téléphone semble-t-il. Un groupe criminel de Pale (Bosnie) aurait été engagé pour exécuter la ministre.

Un néo-nazi serbe arrêté à Prague

Le chef de la branche serbe de Blood & Honour, Dragan Petrovic, a été interpellé à Prague. Il semble qu'un concert ait eu lieu au cours duquel auraient été proclamés des messages racistes et promouvant l'idéologie néo-nazie.
Source: B92. Photo: slackbastard.anarchobase.

jeudi 22 octobre 2009

Un membre du gouvernement élu homme de l'année par des gays

L'information peut sembler anecdotique de prime abord, mais en fait elle est très signifiante.
Un récent sondage mené par le site Gayecho auprès de ses lecteurs a élu le Secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme et aux minorités, Marko Karadzic, Homme de l'année 2009.
L'année passée c'est, de façon ironique, le n°1 du mouvement d'extrême droite Obraz qui avait été élu "icône gay" de l'année.
Les positions de Marko Karadzic sont en pointe lorsqu'on regarde les propos plus modérés des autres membres du gouvernement, aussi bien sur les droits sexuels que sur ceux des minorités.
C'est aussi très symbolique puisqu'il y a peu la gay pride a dû être annulée à Belgrade suite aux menaces de groupes d'extrême droite. Gay pride dont le Secrétaire d'État avait soutenu l'existence.
Le site de Gayecho dit voir dans ce résultat la reconnaissance des gays devant le travail accompli par le Secrétaire d'État.

Obraz sent-il le vent tourner?

Le groupe d'extrême droite Obraz a publié un communiqué de presse en réaction à l'actualité récente. L'organisation y écrit que depuis plusieurs semaines des ONG et les autorités serbes mènent une «campagne agressive» contre les «organisations du mouvement national» et les supporters de clubs comme l'Étoile rouge et le Partizan.
Obraz s'étonne qu'ils soient considérés comme des «petits caïds et des hooligans». La vision de l'extrême droite est totalement différente: il s'agirait plutôt de ceux qui sont engagés dans l'aide humanitaire en faveur du Kosovo (pour qu'il soit serbe) et qui ont réagi «de façon courageuse» à la déclaration d'indépendance du Kosovo et à l'arrestation de Radovan Karadzic.
Ce qui est très curieux c'est que la date de publication se réfère au calendrier de l'église orthodoxe, à savoir la Tomindan (le 19 octobre selon le calendrier civil?).
Le communiqué est truffé de références religieuses et d'envolées sur «le prix à payer pour la liberté». L'organisation donne l'impression qu'elle adopte une stratégie de victimisation.
A tout le moins le communiqué démontre une attitude défensive, sans doute le fruit des craintes qui doivent parvenir au sein des organisations d'extrême droite, qui sentent probablement que leurs excès ont contribué à les rendre définitivement insupportables à un très grand nombre de citoyens.
Il faut rappeler que les organisations visées le sont pour leurs appels fréquents à la haine et à la violence.
Le 26 septembre 2009, une trentaine de militants de groupuscules d'extrême droite avaient été interpellés par la police, dont le n°1 de Obraz, Mladen Obradović. Des enquêtes sont en cours sur leurs organisations et de nombreuses personnalités ou autorités ont appelé à l'interdiction/dissolution de Obraz et du Mouvement 1389.
Pour aller plus loin: "Serbie : hooligans et groupes ultra-nationalistes, une vraie menace" (Courrier des Balkans).

mercredi 21 octobre 2009

La Serbie en 62e position dans le classement de Reporters Sans Frontières 2009

L'ONG Reporters Sans Frontières propose un classement des pays en fonction de différents critères. Voici la notice (source) concernant la Serbie. Il s'agit d'un classement de 175 pays.

Menaces de mort, agressions physiques ou verbales, pressions et corruption font malheureusement toujours partie du quotidien de la presse en Serbie. L’indépendance du Kosovo et l’arrestation du leader nationaliste Karadzic ont exacerbé le nationalisme pan-serbe, qui trouve dans la presse l’exutoire des frustrations nées d’une série de revers politiques ou économiques. Si la signature récente d’un pacte de préadhésion à l’Union européenne constitue un espoir pour la population, l’entrée dans la sphère des vingt-sept Etats membres reste tributaire de réformes institutionnelles, y compris dans le domaine des médias.

La chaîne de radio-télévision B92 n’est pas près de retrouver un climat de travail serin. Le 22 février 2008, s’appuyant sur des images réelles du journal télévisé, une vidéo déposée sur le site youtube.com montrait un viseur d’arme à feu pointé sur le logo de B92, et sur les visages des deux présentateurs, accompagné d’un texte les accusant d’être responsables des problèmes de la Serbie. Une menace parmi d’autres que la chaîne reçoit régulièrement, comme ce fut le cas après la diffusion d’enquêtes sur les difficultés politiques du pays, lesquelles avaient contraint le président Boris Tadic à convoquer des élections législatives anticipées.

Caméras cassées, voitures vandalisées, et agressions physiques ont souvent accompagné le travail des photographes, cameramen ou journalistes lors de la couverture des manifestations en février 2008 contre l’indépendance du Kososo. La presse a également été régulièrement prise à partie au cours des démonstrations de solidarité qui ont suivi l’arrestation du leader serbe ultranationaliste Radovan Karadzic. En septembre 2008, des militants nationalistes ont envahi à plusieurs reprises la rédaction de l’agence Beta News, exigeant la publication de leurs communiqués de presse, et prenant les photos de tous les membres de la rédaction. Dans la majorité des cas, la police n’est jamais intervenue pour protéger les journalistes, certains agents s’en prenant même au photographe Milos Djorelijevski de l’agence Beta News.

Phénomène récurrent depuis l’indépendance nationale, les journalistes qui enquêtent sur les milieux mafieux et sur leur influence croissante dans les milieux politiques et économiques sont souvent victimes de mesures de rétorsion. Ainsi, en mars 2008, le rédacteur en chef de l’hebdomadaire Nedeljni Telegraf, Momcilo Djorgovic, et son assistante Daniela Milinkovic, ont reçu une lettre signée des « bérets rouges », ancienne unité spéciale du ministère de l’Intérieur. La presse régionale fait plus que jamais face aux mêmes menaces. En novembre 2008, Vukasin Obradovic, propriétaire et rédacteur en chef de l’hebdomadaire régional Novine Vranjske, a ainsi été placé sous protection policière après avoir reçu de nouvelles menaces de mort.

samedi 17 octobre 2009

Une curieuse affaire

Curieuse affaire que celle de Damir Dokic (photo). Ce dernier, père d'une joueuse de tennis de renommée internationale, Jelena Dokic, a été condamné à une sentence de prison qu'il purge dans une prison de Sremska Mitrovica, après avoir menacé l'ambassadrice d'Australie et pour possession d'arme. Lorsque des informations ont paru dans la presse australienne selon lesquelles il maltraitait sa fille, il avait décroché son combiné de téléphone et menacé de faire exploser une bombe sur la voiture de l'ambassadrice si aucune rectification n'était produite.
Depuis le 10 octobre, il aurait entamé une grève de la faim, refusant de s'alimenter et de prendre ses médicaments (il est diabétique et souffre d'hypertension). Il aurait rédigé son testament, léguant ses biens à l'église. Une des raisons de sa grève de la faim serait le souhait de vivre en cellule individuelle.
Autre raison, la récente condamnation de Sinisa Vucinic à 6 mois de prison avec suspension, alors qu'il avait menacé de mort un député et un journaliste. Biljana Kovacevic-Vuco, la présidente de Yucom, avait fortement critiqué la faible condamnation de S. Vucinic. Des observateurs avaient considéré discriminatoire le traitement du prévenu par rapport aux citoyens, en ce sens que la condamnation se révèlerait forte lorsqu'un ambassadeur étranger est menacé, faible lorsqu'il s'agit de simples Serbes.

vendredi 16 octobre 2009

A propos de l'intégration de la Serbie dans l'UE

Voici les récentes conclusions de l'Union européenne au sujet de la Serbie. Plus précisément il s'agit des conclusions de la Commission européenne. Elles sont datées du 14 octobre (document MEMO/09/450).

Serbie

La Serbie a bien progressé sur la période de référence. Le gouvernement serbe a démontré sa volonté de rapprocher le pays de l'Union européenne en prenant un certain nombre d'initiatives, dont la mise en œuvre des dispositions de l'accord intérimaire. La coopération avec le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) a continué de s'améliorer, même si Ratko Mladić et Goran Hadžić, inculpés par le TPIY, sont toujours en fuite.

Critères politiques

Le gouvernement a fait montre d'une relative stabilité et s'est activement attelé à l'élaboration de la législation dans un large éventail de domaines, ainsi qu'à la mise en œuvre d'un programme national d'intégration européenne. Le fonctionnement du parlement s'est amélioré, grâce à la révision de son règlement intérieur et à l'adoption d'une nouvelle loi sur les partis politiques. La législation relative aux élections n'a toutefois pas encore été révisée.
La Serbie dispose de bonnes capacités dans le domaine de l'administration publique. L'office serbe pour l'intégration européenne fonctionne correctement. La capacité des ministères de tutelle à gérer les questions liées à l'intégration européenne demande à être améliorée et la réforme de l'administration publique doit s'accélérer.
Des progrès ont été accomplis dans la lutte contre la corruption. Les autorités chargées de faire respecter la loi ont manifesté une volonté accrue de lutter contre la corruption, ce qui a conduit à l'arrestation d'un certain nombre de suspects. Néanmoins, les condamnations définitives dans les affaires de corruption sont rares. Des efforts soutenus s'imposent pour lutter contre la criminalité organisée et assurer l'indépendance, la responsabilité et l'efficacité du système judiciaire.

Le cadre juridique et institutionnel régissant le respect des droits de l'homme et la protection des minorités s'est amélioré et les droits civils et politiques sont généralement protégés. Néanmoins, des incidents ont éclaté, au cours desquels des journalistes, des défenseurs des droits de l'homme et des représentants de la communauté gay, lesbienne, bisexuelle et transsexuelle ont été la cible de discours de haine, de menaces et d'attaques physiques dont les auteurs n'ont pas été traduits devant la justice.

La Serbie ne reconnaît pas la déclaration d’indépendance du Kosovo. Le gouvernement maintient des structures parallèles au Kosovo et y a organisé des élections partielles au niveau local tout en décourageant dans le même temps les Serbes du Kosovo de participer aux élections municipales organisées par les autorités kosovares. Le gouvernement serbe a adopté une première série de mesures visant à coopérer avec la mission «État de droit» de l'UE (EULEX), mais il doit encore intensifier ses efforts dans ce domaine. La Serbie et le Kosovo doivent s'accorder sur des solutions pragmatiques pour que les principales plates-formes régionales puissent continuer d'assumer leur rôle en faisant progresser la coopération régionale et le développement.

Critères économiques

L'économie serbe a été fortement perturbée par la crise économique mondiale qui sévit actuellement. La croissance a ralenti vers la fin de 2008 et l’économie est entrée en récession en 2009, ce qui a porté atteinte à la stabilité macroéconomique. En outre, les politiques expansionnistes antérieures ont entraîné une importante détérioration des finances publiques. Dans ce contexte, la Serbie a obtenu une aide financière du FMI et de l'UE.
S'agissant des critères économiques, la Serbie n’a enregistré que des progrès limités dans la mise en place d'une économie de marché viable. Elle devra fournir des efforts supplémentaires afin d'être à même de faire face, à moyen terme, aux pressions concurrentielles et aux forces du marché qui s'exercent au sein de l'Union européenne, document du 14 octobre 2009.

Normes européennes

La Serbie a accompli des progrès dans l’alignement de sa législation et ses politiques sur les normes européennes et a commencé à mettre en œuvre l'accord intérimaire conformément aux dispositions et aux délais qui y sont établis. Les droits de douane ont été abaissés à compter du 30 janvier 2009 et des mesures ont été prises dans les domaines de la concurrence, des aides d’État et du trafic de transit. La Serbie a par ailleurs adopté d’importants textes de loi au titre de l’accord de stabilisation et d'association dans plusieurs domaines, dont l’agriculture, l’environnement, l’emploi, la concurrence et la justice, la liberté et la sécurité. Les capacités administratives ont été renforcées dans des domaines essentiels pour la mise en œuvre de l'ASA. La Serbie doit cependant déployer des efforts supplémentaires pour assurer la mise en œuvre et l'application effectives de la législation liée à l'UE.


Source: Commission européenne.

"Le Fuhrer" de Nacionalni Stroj extradé sous peu par l'Italie?

Goran Davidović, aussi connu sous le pseudonyme "Le Fuhrer", le responsable de l'organisation d'extrême droite Nacionalni Stroj (Front National, tendance néo-nazi), devrait être extradé prochainement (le 20 octobre?) par l'Italie vers la Serbie où il a été condamné par une décison judiciaire (il a été condamné à une année de prison à Sombor pour incitation à la haine).
Source: B92.

L'interdiction éventuelle des groupes d'extrême droite qui appellent à la violence?

On a beaucoup discuté de l'éventualité d'interdire certains groupes d'extrême-droite qui en appellent à la violence contre les minorités ethniques, les étrangers ou les homosexuels. On lira avec intérêt cette dépêche AFP parue sur le site du journal Le Monde:

Le procureur serbe demande l'interdiction de 14 groupes extrémistes
AFP 16.10.09 17h04

Le procureur serbe a demandé à la cour constitutionnelle de bannir 14 groupes extrémistes de supporteurs de clubs de foot à la suite du décès fin septembre d'un supporteur français attaqué par des hooligans dans le centre de Belgrade, a rapporté vendredi l'agence Beta. Le procureur serbe Slobodan Radovanovic a indiqué que ces groupes, fractions des groupes de supporteurs de trois équipes de la première division serbe -Partizan, Etoile Rouge et Rad- "ne sont pas des groupes de supporteurs de foot, mais de supporteurs de criminels". "Ils n'ont aucun point commun avec le sport, ils ont plus de points communs avec le crime", a estimé M. Radovanovic en ajoutant qu'ils s'attendait à ce que ces groupes soient bannis de matchs de foot étant donné qu'ils y "provoquent des violences et du désordre". Le procureur a demandé leur interdiction car leurs activités visaient à "la violation de l'ordre constitutionnel, la violation des droits des minorités et des droits de l'Homme, ainsi qu'à la provocation de la haine sur la base raciale, religieuse et nationale", selon l'agence Beta. Cette initiative s'inscrit dans une grande action de "suppression de la violence en Serbie", a précisé M. Radovanovic. Le bureau du procureur a déjà demandé l'interdiction de trois groupes ultra-nationalistes. La cour constitutionnelle ne s'est toujours pas prononcée sur cette demande. Le supporteur français Brice Taton est décédé fin septembre à Belgrade après avoir été agressé le 17 septembre par des hooligans serbes avant le match entre Partizan Belgrade et Toulouse dans le cadre de l'Europa League.

Journée mondiale de l'alimentation ce 16 octobre

Une grève de la faim symbolique devrait se tenir aujourd'hui dans différentes villes de Serbie, à l'occasion de la Journée mondiale de l'alimentation.

Les organisateurs signalent que 700.000 personnes vivent sous le seuil de pauvreté en Serbie, dont 100.000 à Belgrade. 500.000 Serbes connaîtraient la faim de façon fréquente.

630.000 personnes se sont enregistrées (seules ou en groupe) au moment où je tape ce texte, sur le site des organisateurs štrajk glađu, annonçant leur intention de ne pas manger durant la journée.

jeudi 15 octobre 2009

"Accords de réadmission ou chantage à l'expulsion?" (Migreurop)

Le réseau européen contre les centres de rétention Migreurop organise une journée d'étude le 27 novembre a Paris. Dans le programme on trouve un point concernant la Serbie.
14h30-14h45 Les accords Nord-Est et le rapatriement des Roms : Le cas du Kosovo et de la Serbie Karin Waringo, Chachipe (Luxembourg).
NB: on a appris aujourd'hui que l'Allemagne a décidé de renvoyer 14.000 Kosovars au Kosovo, dont 10.000 seraient des Roms.
Si je peux m'y rendre je fournirai un compte-rendu sur ce blog.

Contact et inscription
Rencontre Internationale sur les Accords de Réadmission
Vendredi 27 novembre 2009, 9h - 18h
Inscriptions : contact@migreurop.org +33 1 53 27 87 81

mercredi 14 octobre 2009

Liens entre les "milieux" croates et serbes?

Un petit coup d'oeil sur une affaire qui a défrayé la chronique en Croatie.

En octobre 2008, le propriétaire du journal croate Nacional, Ivo Pukanić, décédait à Zagreb suite à un attentat à la bombe.

"L'hebdomadaire Nacional, pourrait-on dire, vivait et existait en bonne partie grâce à son énergie, et il était justement lu à cause des messages directs ou masqués que Pukanic envoyait dans ses textes provocateurs. Il écrivait sur la mafia, les services secrets, maints scandales, secrets et autres coups fourrés de l'élite locale, que ce soit de la politique ou des affaires, à laquelle il souhaitait lui-même appartenir. Pourtant, il n'est pas parvenu ni ne voulait se borner à n'être qu'un observateur extérieur des événements sur cette scène, mais également son acteur et participant direct" nous apprend un article de Jutarnli list traduit en français sur Paperblog (lien).

Des liens avaient été supposés avec un certain «milieu» serbe et un mandat d'extradition avait été demandé par la Croatie concerant Željko Milovanović alias «Gavra».

Le fait est que ce dernier disposerait de la nationalité serbe, de la nationalité croate... et même de la nationalité bosniaque, ce qui rend le dossier compliqué puisqu'il fait face à des charges criminelles aussi bien en Croatie qu'en Serbie.

On apprend aujourd'hui que la demande d'extradition a été rejetée par la Cour Suprême de Serbie, au motif que le prévenu fait face à des charges criminelles en Serbie.

Son arrestatation avait été rendue publique le 1er juin par les autorités de Belgrade. Il avait été membre de l'unité spéciale les "Bérets rouges" (para-militaires) de Milorad Ulemek. Cette unité avait été dissoute après l'assassinat du Premier ministre M. Djindjic. Son dossier criminel est épais, rien qu'en Serbie: crimes de guerre, vols, kidnapping, meurtre.

Source: B92. Photo: vijesti.gorila.

lundi 5 octobre 2009

Tout va bien

Dans la nuit de dimanche, peu après minuit, deux inconnus à moto ont lancé une grenade sur la façade de l'immeuble de la télévision Pink TV, à Belgrade. On ne relève aucun blessé mais des dégâts matériels. Les associations de journalistes ont condamné l'acte.

vendredi 2 octobre 2009

«Colonne de Tuzla»: 12 années de prison pour Ilija Jurisic - procès d'un criminel de guerre ou bien «procès politique»?

Un tribunal serbe a condamné le 28 septembre 2009 le Bosniaque Ilija Jurisic à 12 années de prison pour crimes de guerre.
En 1992 il avait ordonné l'attaque d'un convoi de l'armée yougoslave (JNA) à Tuzla, causant 51 morts. Ce convoi se retirait pacifiquement de la ville selon la RTS, l'attaque ayant eu lieu en contradiction avec un cessez-le-feu conclu peu avant.
Son avocat qui conteste la condamnation et dit qu'aucune preuve n'a été fournie, annonce son intention de faire appel. Son client a déjà passé deux années et demie en détention, c-à-d depuis son arrestation il y a deux ans à l'aéroport de Belgrade.
En Bosnie la condamnation a suscité une certaine réprobation, considérant que le jugement comme «politique». Le 29 septembre des manifestations ont d'ailleurs eu lieu à Tuzla contre le verdict.
Le Centre de Droit humanitaire de Belgrade (HLC) a publié un communiqué selon lequel le tribunal n'est pas parvenu à établir la culpabilité du condamné «au-delà de tout doute raisonnable». Les motifs et explications orales du jugement sont considérés non-convaincants par l'organisation qui dit trouver une motivation politique dans ce procès.
Selon un officiel du bureau du Procureur pour les crimes de guerre, «ce jugement représente une satisfaction pour les familles des victimes».
Sources: Dusan Stojanovic (Associated Press), RTS, www.setimes.com, HLC, B92.