lundi 31 août 2009

15.655 personnes demeurent disparues sur le territoire de l'ex-Yougoslavie

Ce dimanche 30 août avait lieu la Journée internationale des personnes disparues. La Croix Rouge a fait savoir à cette occasion que 15.655 personnes demeurent disparues dans l'ex-Yougoslavie. Pour la Serbie, c'est près de 4.000 personnes qui demeurent disparues. B92 cite dans un article un officiel, Veljko Odalović, qui préside la Commission (serbe) pour les personnes disparues et qui lance un caillou en direction de la Croatie et du Kosovo, qui tarderaient selon lui à exhumer et analyser les dépouilles qui se trouveraient dans plusieurs fosses désignées. Selon B92: “Mettant en avant que la Serbie a rempli toutes ses obligations, tant en procédant aux exhumations qu'en rendant les dépouilles aux familles, Odalović en appelle aux institutions internationales pour qu'elles fassent pression sur les autres pays pour qu'ils en fassent de même, ajoutant que la révélation des faits concernant les personnes disparues est cruciale pour la paix, la sécurité et la coopération dans la région”. Il faut préciser que le chiffre de 15.655 personnes ne correspond qu'aux personnes toujours sur la liste, une Commission a d'ailleurs estimé naguère à 40.000 le nombre de disparus, dont 30.000 pour la seule Bosnie, pays qui a subi les plus lourdes pertes aussi bien en termes de morts que de disparus. A côté de ces déclarations officielles, une manifestation a eu lieu, à Belgrade, de personnes se disant insatisfaites du manque de vigueur dans l'exhumation des corps dans les pays de l'ex-Yougoslavie.

Ce 31 août, toujours selon B92, devait être mis à exécution le relogement forcé des Roms qui résident dans un campement de Belgrade. C'est plusieurs centaines de personnes qui devraient être déplacées du camp dit de la Gazelle. Les personnes seraient relogées dans des préfabriqués qui leur seraient octroyés pour une période de cinq ans, pour autant qu'elles soient régulièrement enregistrées auprès de la ville, sans quoi elles se verraient renvoyer vers leur lieu de résidence antérieur. Lire: "Journée internationale des personnes disparues : les tragiques séquelles des guerres" (B92/Courrier des Balkans) et "Macabre comptabilité dans les pays de l'ex-Yougoslavie" (RFI).

samedi 29 août 2009

Libération de Goran Vuckovic

On apprend qu'un Serbe du Kosovo âgé de 33 ans, Goran Vučković, qui avait été accusé de crimes de guerre et interpellé le onze août à Gornje Selo (Prizren), vient d'être remis en liberté. Il aurait immédiatement rejoint Belgrade où il réside depuis 1999. Il aurait pour obligation de se manifester régulièrement à la police du Kosovo jusqu'au 11 septembre. Initialement, selon une source, c'est un particulier qui aurait porté plainte pour avoir été menacé, à cette occasion on s'était aperçu qu'il figurait sur une liste de criminels de guerre présumés. Il devait être arrêté durant 30 jours mais il a interjeté appel auprès de l'Eulex qui l'a fait libérer en raison, semble-t-il, d'une absence de preuves suffisantes. (NB: inutile de vous précipiter sur le site de l'Eulex, il ne fonctionne pas en ce moment, semble-t-il après avoir été piraté .) Photo: sa famille sur Pressonline.

jeudi 27 août 2009

"La justice (française) libère un Serbe menacé d'expulsion"

(On lira avec intérêt un article de l'Humanité reproduit sur le site web Balkanikum et qui détaille la situation kafkaïenne que vit un Serbe réfugié en France. En France comme dans la plupart des pays occidentaux une lutte contre l'immigration présentée comme un enjeu de sécurité entraîne de nombreuses situations problématiques en matière de droits humains. Un exemple de plus ici. Bon courage et bonne chance à Vojin Milic et sa famille. D.G.)


Sans-papiers. L'administration s'acharnait contre Vojin Milic, père de famille dont la femme vient d'être régularisée.

La machine administrative, lancée à plein régime, semblait impossible à arrêter. Sa cible : Vojin Milic, quarante-deux ans, Serbe d'origine croate, en France depuis treize ans. En situation irrégulière malgré ses nombreuses demandes de régularisation, il a été arrêté le 10 août dernier et placé au centre de rétention de Palaiseau (Essonne), dans l'attente d'une probable expulsion. Hier, enfin, après plusieurs jours de calvaire pour lui et sa famille, le tribunal administratif de Versailles a accepté sa demande de remise en liberté assortie d'une injonction au préfet de Bobigny de réexaminer sa demande de régularisation dans un délai d'un mois. Vojin Milic devait être libéré dès hier soir.
Aveuglée par ses quotas d'expulsion, l'administration s'acharnait contre un homme qui remplit pourtant un certain nombre de critères lui permettant de rester en France : plus de dix ans de présence sur le territoire ; père de deux enfants scolarisés à Drancy (Seine-Saint-Denis) - Jovana, treize ans, et Jovan, neuf ans -, travailleur dans le secteur du bâtiment bénéficiant de promesses d'embauche. Enfin et, surtout, sa femme est convoquée aujourd'hui en préfecture de Bobigny pour y retirer son séjour "vie privée familiale" !

Une situation kafkaïenne qui ne semblait pas gêner les services de l'Etat. "L'administration répond que puisque madame a un titre de séjour, monsieur pourra faire une demande de regroupement familial depuis la Serbie, dénonçait son avocate hier devant le tribunal administratif de Versailles. Mais il devra être séparé de sa famille pendant au moins un an, sans aucune assurance d'une réponse favorable."

Une quinzaine de personnes avaient fait le déplacement jusqu'à Versailles pour les soutenir. Richard Moyon, du Réseau Education sans frontières, dénonce l'hypocrisie du ministre de l'Immigration. "Eric Besson prône l'unité familiale pour mettre des enfants en prison sans les séparer de leurs parents. Mais dans un cas comme celui-là, le ministre se fout bien de l'unité de la famille." Plaidant le "droit des enfants à avoir une vie normale", la FSU a écrit au ministre pour lui demander la libération immédiate de M. Milic. Des voisins drancéens étaient là aussi pour soutenir la famille. "Nous, on pense qu'il devrait juste être régularisé et vivre une vie normale", soupire Mohamed Boussoufa, vingt-six ans. Libre, Vojin Milic va pouvoir se battre, désormais, pour obtenir sa régularisation.

Marie Barbier (Source : humanite.fr, le 26 août 2009)

«L’Association des Journalistes de Serbie (UNS) manifeste devant le siège de l'Eulex à Pristina» (B92)


(Traduction d’un article de B92 paru le 26 août 2009. A noter que ces derniers temps on relève de nombreuses manifestations au Kosovo; je rappelle que je traite rarement la question du Kosovo puisqu'on trouve beaucoup d'informations en français via la presse internationale. D. G.)

Les membres de l'association demandaient que des investigations soient menées sur les meurtres et les disparitions de journalistes au Kosovo.
Ljiljana Smajlović, qui préside l'UNS, a déclaré que près de 30 journalistes serbes du Kosovo ont participé à la protestation, portant de nombreux calicots en serbe et en albanais «Rendez-nous nos collègues».
«Nous sommes ici parce que nous ressentons le besoin de leur rendre honneur à Priština aussi, et pour rappeler que six journalistes serbes ont disparu ou bien ont été assassinés entre 1998 et 2000», a-t-elle ajouté.
Elle signale que le corps d’un journaliste disparu a été retrouvé, deux ans après son enlèvement, mais qu'il n’y a toujours pas d'informations concernant les autres.
L. Smajlović a ajouté que les représentants de l‘UNS devaient rencontrer le chef de l’Eulex, Yves de Kermabon, plus tard dans la journée, pour lui présenter leurs demandes de lancer des investigations dans les affaires de journalistes morts ou disparus.
Elle a déclaré que l’association en appellera aussi au Comité pour la Protection des Journalistes (CPJ) basé à New York pour qu'il ajoute aux 16 employés de la RTS morts durant un bombardement aérien de l’OTAN en 1999 (lorsque le siège de la RTS fut pris pour cible) les six journalistes assassinés au Kosovo à leur liste de journalistes morts sur le champ de bataille.
L. Smajlović a déclaré que la manifestation était pacifique et s'est déroulée sans incident.

Photo: Danas.

mercredi 26 août 2009

Srdjan Aleksic honoré à Novi Sad

Le journaliste Igor Jovanovic revient dans un article de Setimes.com sur l'inauguration, il y a un mois, d'un passage entre les rues Zmaj Jovinu et Ilije Ognjanovića de Novi Sad sous le nom "Passage Srdjan Aleksic".

Srdjan Aleksic est décédé en janvier 1993. A l'époque, âgé de 27 ans et incorporé dans l'armée bosnoserbe, il veut protéger un de ses amis, Alen Glavović, qui est attaqué à Trebinje par un groupe de "tchetniks". Son ami Alen est Musulman. Le groupe s'en prend alors très violemment à lui, il décèdera après être tombé dans le coma.

Alen Glavović est toujours vivant et résiderait en Suède.

Il y a une rue Srdjan Aleksic à Sarajevo.

Sources: Zizi8 Channel, setimes.com. Photos: mojevijesti.ba et www.rtvfbih.ba.

L'ambassade de Grèce égratignée par deux cocktails molotov

Un attentat au cocktail molotov a été commis dans la nuit de lundi à mardi contre le siège de l’ambassade de Grèce à Belgrade.Nul ne sait qui en sont les auteurs, mais la presse de ce 26 août fait état d’une revendication signée par un groupe dénommé «Crni Ilija». Le groupe se revendiquerait de l'anarchie et motiverait son action par une solidarité en faveur de la libération d’un jeune homme, Thodoris Iliopoulos, emprisonné en Grèce suite aux émeutes qui ont secoué ce pays en décembre et qui mène une grève de la faim depuis le 10 juillet, soit 46 jours.Il reste à voir si cela repose sur du solide. Par ailleurs l’attentat n’a fait que des dégâts très mineurs. Photo : Blic.

mardi 25 août 2009

"Opération Yugo" ou quatre lycéens en chemin vers la Serbie

Quatre lycéens français ont pris le parti de se rendre en Serbie à vélo en vue de réaliser un film "afin de se défaire d'une image erronée de la Serbie". En ce moment ils sont à Sarajevo, souhaitons-leur d'arriver à bon port.
Selon eux: " Ce projet consiste en un périple à vélo entre la ville de Mende et celle de Kikinda en Serbie. Durant le trajet, nous projetons la réalisation d’un court métrage dans le but de remettre en question l’image, trop souvent erronée, que la majorité d’entre nous a du peuple Serbe. A l’initiative de ce projet, nous sommes quatre jeunes lozériens ; Loïc en classe de terminale au lycée Notre Dame ainsi que Audrey, Léo et Antoine au lycée Chaptal. Notre ouverture sur le monde, notre conscience des conflits à l’échelle européenne et notre approche vis à vis de la Serbie, nous a poussés à être interpelés par l’image négative attribuée à tort à ce pays. Par le biais de l’image, nous souhaiterions, à notre échelle, alléger la dure représentation assignée aux populations Serbes. De plus, notre conscience en matière d’écologie et l’importance que nous donnons aux rapports humains, nous ont poussés à réaliser le trajet nous menant en Serbie à vélo. De nos jours, l’image est l’un des moyens de communication les plus efficaces. C’est pourquoi nous souhaitons réaliser une fiction à travers laquelle nous aborderons les différents aspects et la finalité de notre projet. Ce film sera projeté dans diverses municipalités de Lozère."

L'aventure présente ceci de particulier qu'elle semble bien être une forme de voyage initiatique. Le synopsis de leur film: "Léo est issu d’une famille immigrée de Serbie. Il est né en France et ne connaît donc pas le pays d’origine de sa mère. Le seul lien qu’il possède avec ce pays est une clé de Zastava 750 offerte par son grand père décédé. Un jour, lassé de sa vie lycéenne, il décide de partir à la recherche de ses racines. Il motive trois de ses meilleurs amis Loïc, Audrey et Antoine, quelques jours de préparatif, et l’opération Yugo est lancée…"

Les voyages forment la jeunesse. "Bon chemin" à eux en tout cas, c'est le plus important. Pour suivre leur périple: se reporter à leur site.


vendredi 21 août 2009

International Queer Festival "Merlinka" - Belgrade 11-13 septembre

A propos de la gay pride annoncée pour le 20 septembre, deux informations nouvelles viennent tempérer les craintes de violences. D'une part le ministre de l'Intérieur I. Dacic a déclaré que la police disposait des moyens et techniques pour empêcher toute violence et qu'elle protégera la manifestation, d'autre part le maire de Belgrade fait nettoyer les graffitis par les ouvriers municipaux.
Par ailleurs, on apprend la tenue du Festival Queer Merinka à Belgrade du 11 au 13 septembre, qui sera peut-être un moment test. Merlinka est le nom d'un transsexuel assassiné en 2003 à Belgrade. Lien: Merlinka Festival Beograd.
Sur l'affaire Merlinka, on trouve un article en français (traduit par E. Rubinstein).

mardi 18 août 2009

Gay pride le 20 septembre à Belgrade: quels risques?

Fin juillet, l'apparition de slogans homophobes dans les rues de Belgrade a suscité une certaine émotion. Ces tags dénonçaient la tenue prochaine d'une gay pride (le 20 septembre).
Il n'y a pas eu de parade gay depuis celle de 2001 lorsque des militants radicaux s'étaient déchaînés et s'en étaient pris physiquement et violemment aux manifestants.
D'ores et déjà des groupes d'extrême-droite, comme le mouvement 1389, ont annoncé leur intention de s'inviter à la manifestation pour la faire avorter, pour «garder la ville propre».
Des ONG ont depuis lors appelé la police à intervenir pour assurer la sécurité de la manifestation, signalant que certains graffitis en appellent ouvertement à la violence. Marko Karadzic, ministre aux droits humains, a énoncé que «nous devons adresser un message clair à la population: de telles menaces ne seront pas tolérées dans notre société» (Politika, cité par Jovana Gec).
Des gays se sont également adressés à la FIFA (Fédération de football) en lui demandant, tout comme aux clubs de football, de prendre leurs distances par rapport à ces tags parfois signés par des supporters.
Le maire de Belgrade, Dragan Ðilas, a annoncé que la manifestation ne doit pas donner lieu à des incidents, tout en déclarant ne pas être favorable à la manifestation.
A noter qu'un autre pays de la région, l'Albanie, fait preuve d'une évolution des mentalités en matière de liberté sexuelle puisqu'elle s'apprêterait à reconnaître les unions matrimoniales entre personnes de même sexe. Son Premier ministre s'apprête du moins à déposer un projet de loi en ce sens à la rentrée.

Sources: outsports.com, Mark Lowen/BBC, Jovana Gec/Associated Press (Anti-gay graffiti surfaces in Serbia, 30/07/2009), BalkanTravellers, site de la Gay Pride serbe. Photo: enovine.com.

lundi 17 août 2009

Le niveau de vie se détériore en Serbie

Traduction, article de B92 du 16 août 2009.

BELGRADE -- Selon les dernières données disponibles, une personne sur huit en Serbie vit sous le seuil de pauvreté, avec des dépenses de 9.000 dinars RSD (approximativement 100 euros) par mois.
Entre septembre de l'an passé et mars dernier le nombre de personnes au travail a baissé de 133.000 unités.
Nombreuses sont les personnes ne pouvant s'offrir les biens des supermarchés, même si les officiels du gouvernement rappellent en permanence au public que la Serbie affiche les plus bas prix d'Europe.
Le gouvernement a mis en place un groupe de travail qui doit aider ceux qui ont déjà perdu leur emploi ou sont en passe de le perdre.
La classe moyenne qui s'était finalement formée après des années de sanctions est obligée de dépenser de façon plus responsable.
"L'achat de cuisines et d'électroménager a été réduit de près de 20%. Les aliments les plus chers se vendent moins et on observe aussi une tendance à la baisse dans la vente des aliments de faible coût. Les aliments de première nécessité sont toujours achetés -sucre, huile, farine, sel", selon Ljubiša Blagojević (chaîne de supermarchés Merkator-Roda).
Depuis l'arrivée de la crise, les consommateurs suivent attentivement les soldes pour économiser de l'argent.
Selon les économistes, plusieurs crash financiers depuis le début de cette année ont poussé des gens dans la pauvreté.
"C'est une dépression, une forte dépression depuis le début de l'année, à cause de la crise. Les prix continuent de baisser en Serbie, qui présente le plus haut taux d'inflation en Europe durant les sept premiers mois de l'année" a déclaré l'analyste Ivan Nikolić.
Toutefois, il reste des personnes qui peuvent s'acheter tout ce qu'elles veulent en Serbie. Les vendeurs d'un salon de cosmétique de Belgrade ont signalé à B92 que leur crème de soins du visage à 300 euros continue de très bien se vendre.

Le verdict du TPIY dans l'affaire Milan et Sredoje Lukic (Yucom)

Voici la traduction de la Newsletter n°42 de Yucom, association de juristes pour les droits humains. Le texte entend analyser les biais qui empêchent de prendre la juste mesure de certains jugements du TPIY. Certaines notes de bas de page n'ont pas été reprises ici. Traduction non-officielle. D. G.

Le 20 juillet 2009, Patrick Robinson, qui préside la chambre d'appel du Tribunal Pénal International pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), a condamné Milan Lukic à la prison à vie et son cousin Sredoje Lukic à un emprisonnement de 30 ans. Milan et Sredoje Lukic ont été condamnés pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis sur des Musulmans bosniaques dans la ville de Visegrad entre le 7 juin 1992 et le 10 octobre 1994.
Milan Lukic est reconnu coupable de: persécution, meurtre, extermination, actes inhumains et cruauté en tant que crimes contre l'humanité et crimes de guerre, Sredoje Lukic est pour sa part déclaré coupable d'avoir commis ou aidé à commettre des crimes de: persécution, meurtre, traitement cruel et actes inhumains.

Milan Lukic a commis ces crimes en lien avec six événements distincts:
1. Assassinat de 5 Musulmans bosniaques sur la Drina aux alentours du 7 juin 1992;
2. Assassinat de 7 Musulmans bosniaques dans l'usine «Varda» aux alentours du 10 juin 1992;
3. Avoir brûlé vives 59 personnes (incluant des femmes et enfants) dans une maison barricadée de la rue des Pionniers à Visegrad aux alentours du 14 juin 1992;
4. Avoir brûlé vives 60 personnes au moins (femmes et enfants inclus) dans une maison barricadée sur le lieu de Bikavak (Visegrad) aux alentours du 27 juin 1992;
5. Mauvais traitement de prisonniers dans le camp-prison de Uzamnica entre août 1992 et octobre 1994;
6. Assassinat de Hajra Koric en juin 1992.

Sredoje Lukic est reconnu coupable de deux événements distincts:
1. Avoir brûlé vives 59 personnes (incluant des femmes et enfants) dans une maison barricadée de la rue des Pionniers de Visegrad le 14 juin 1992;
2. Mauvais traitement de prisonniers dans le camp-prison de Uzamnica entre août 1992 et octobre 1994.

Bien que Sredoje Lukic fut accusé de l'incendie de Bikavac, la Cour a statué que le Procureur n'avait pas fourni la preuve en dehors de tout doute raisonnable que Sredoje Lukic était présent durant l'incendie.

La chambre d'appel a conclu que Milan Lukic a personnellement tué au moins 130 personnes et le juge Patrick Robinson a dit ses crimes «sans aucune pitié et vicieux envers la vie humaine» puis a déclaré au cours de l'explication orale du jugement que «Dans la trop longue, triste et misérable histoire de l'inhumanité de l'homme envers son semblable, le massacre de la rue des Pionniers et les incendies de Bikavac se tiennent haut-placés. A la fin du vingtième siècle, un siècle marqué par la guerre et le sang versé à une échelle colossale, ces événements horribles se détachent comme les plus vicieux dans l'attaque incendiaire, en raison de la préméditation manifeste et du calcul nécessaire, pour l'absolue absence de pitié et la brutalité du rassemblement, le piège et l'enfermement des victimes dans deux maisons, et pour la hauteur des souffrances et des douleurs infligées aux victimes en les brûlant vives».

Il faut noter que l'accusation n'inclut pas deux cas d'enlèvement et de meurtres –le premier de 16 Musulmans et le second de 17 Musulmans et un Croate civils (citoyens de la RFY à l'époque)– en 1992 et 1993 dans les quartiers de Sjeverin et Strpci. Pour le crime de Sjeverin, Milan Lukic fut déjà condamné par le Tribunal de Belgrade à 20 années d'emprisonnement.

Réactions au jugement

Bien que des reportages sur le jugement firent directement l'actualité et dominèrent les plus importants médias de Serbie durant plusieurs jours, le silence des plus importants personnages de l'État – avant tout le président Boris Tadic et le Premier ministre Mirko Cvetkovic et d'autres ministres – fut évident. Particulièrement si on tient compte que dans la majorité des cas antérieurs lorsque le TPIY a émis des jugements, aucun de ces personnages de premier plan n'a manqué l'opportunité de les commenter (1). Malgré cela, des officiels de moindre envergure, les représentants du pouvoir judiciaire et d'autres figures publiques éminentes apportèrent leur soutien au jugement -en tout ou en partie, ou avec des réserves. Ainsi le porte-parole du Département des crimes de guerre Bruno Vekaric déclara que le jugement du TPIY dans l'affaire Milan et Sredoje Lukic représente «une victoire juridique (du Procureur du TPIY) Serge Bramertz», et signifie la «justice pour les victimes», au contraire de Dragoljub Todorovic qui, agissant en qualité de représentant légal des familles des passagers enlevés du train de Strpci, a déclaré qu'il n'est pas clair à ses yeux de savoir «pourquoi (l'ancienne Procureur) Carla Del Ponte n'a pas inclus les crimes de Sjeverin et Strpci dans l'accusation car il y avait bien plus qu'assez de preuves pour le faire». La déclaration du Vice-président du Parti démocratique du Sandzac Meho Omerovic selon laquelle «la télévision nationale serbe -la RTS- devrait diffuser l'information sur la réelle nature du crime et pas uniquement sur la sentence» devrait aussi être prise en compte. Un soutien au jugement fut aussi exprimé dans des commentaires de lecteurs de nombreux sites web: nombreux y exprimaient leur exaspération devant la gravité des crimes commis et leur sentiment que la justice a été rendue aux victimes grâce à ce jugement.

(Radio, TV et portail internet) B92:

Aucune sentence n'est assez forte pour ces crimes. Personne ne les a prévenus en deux ans? Qui punira ceux qui auraient pu les stopper? Et les planificateurs et les instigateurs??? (...)
(Ima ih vise..., 20 juillet 2009, 2:20)

Il est incompréhensible que de tels monstres n'éprouvent aucun remords car s'ils avaient su ce qu'est le remords, ils n'auraient pas fait ce genre de choses en premier lieu. C'est horrible ce qu'ils ont fait. Et le pire est que partout autour de nous on trouve des gens avec des idées similaires, mais il n'y a pas de climat politique dans lequel ils ne pourraient penser qu'ils resteront impunis pour ce genre d'actes.
(Vukasin, 20 juillet 2009, 12:21)

J'étais membre de l'armée de la Republika Srpska durant la guerre. J'ai honte car ces monstres se trouvaient parmi nous. L'horreur et la peur me prennent de ce qu'ils ont fait et de ce que les pauvres victimes doivent avoir ressenti en ces moments... Il n'y a aucune justice dans ce monde, et il n'y a pas de châtiment assez sévère pour ces monstres. Honte à ceux qui ont commis et à ceux qui ont planifié et ordonné, et honte à ceux qui maintenant défendent et soutiennent cela, si vous lisez ceci «honte à vous».
(Alex C., 20 juillet 2009, 12:21)


* * *

Néanmoins, même dépassées par le nombre, il est impossible de ne pas mentionner les réactions provenant de certains milieux bien connus (la presse de droite et certains politiciens de l'opposition) qui véhiculent les stéréotypes que «le TPIY penche d'un côté» et que «Milan et Sredoje Lukic furent condamnés uniquement parce qu'ils sont serbes». Au titre de preuve, l'acquittement du (chef de guerre bosniaque) Naser Oric et de (l'Albanais du Kosovo) Ramus Haradinaj devant le TPIY furent cités comme des arguments. Exemples:

Vjerica Radeta, Parlementaire du Parti Radical Serbe (SRS): «C'est une preuve de plus que le TPIY est créé pour accuser les Serbes exclusivement. Ils acquittent les Albanais et Naser Oric puis ils condamnent les Serbes de la manière la plus sévère. Pas un seul Serbe ne s'en est tiré».

Un représentant du Parti progressif serbe (SPS) Borislav Pelevic: «Si le TPIY peut augmenter la sentence contre Veselin Sljivancannin de 5 à 17 ans, et avec les même preuves et des témoins acquitter Naser Oric, qui -selon l'UNCHR- est responsable de la mort de 3.267 Serbes, alors ils est évident que c'est un tribunal antiserbe».

Le quotidien Kurir dans son édition du 22 juillet 2009 a publié un texte sous le titre «Injustice» qui contient une témoignage ému (...) de la soeur de Milan Lukic, Draginja Baltic. Les stéréotypes sur «le tribunal antiserbe» sur base desquels Milan Lukic aurait été condamné y prévalent.

* * *

Le quotidien Pravda du même jour produisit un article titré «Les Serbes étaient victimes aussi en Bosnie orientale», qui décrit un jugement politiquement motivé et partisan, et le TPIY y est dépeint comme un tribunal problématique et établi «uniquement pour poursuivre des Serbes». Ces points de vue furent soutenus par les déclarations de plusieurs leaders de l'opposition tels Aleksandar Cotric (Mouvement serbe du renouveau, SPO), Borislav Pelevic (SNS), Dubravka Filipovski (Nouvelle Serbie), Zoran Nikolic (Parti démocratique de Serbie) notamment.

On peut également mettre en lumière les commentaires de visiteurs de sites web comme ceux de Politika (2) et du quotidien Press, et pas seulement parce que beaucoup d'entre eux reflètent un soutien direct à Milan et Sredoje Lukic en justifiant leurs actes de multiples façons, mais parce que ces journaux sont connus pour leur proximité avec le gouvernent de Serbie.

Journal Press:

Oui la sentence est plus courte quand vous êtes assoifés de sang serbe; s'il existe une justice, des monstres comme Haradinaj et Naser Oric auraient la même sentence... Tout ceci est une farce qui ne sert ni la vérité ni la justice mais qui sert à couvrir le bombardement de notre pays et la prise de notre territoire. S'il reste une consolation pour Lukic, c'est que la Drina n'est plus une frontière qui divise le peuple serbe. (Mitar, 21 juillet 2009, 1:10)

Je ne vois pas de monstres, je vois seulement des héros! Mort au TPIY, liberté pour Seselj! (anonyme, 21 juillet 2009 1:57)

Ils nous considèrent coupables une fois de plus, justice pour Milan! C'est un héros que les bâtards de La Haye, les fous et les traitres présentent comme un criminel! (Anonyme, 21 juillet 2009, 4:04)

Mille fois merci à Milan et Sredoje pour tout ce qu'ils ont fait pour le peuple serbe, des accusations de crimes ne feront jamais oublier aux vrais Serbes que deux d'entre eux sont morts pour le peuple serbe, ils défendaient les enfants serbes des hordes diaboliques croates et musulmanes pendant que certains de ceux qui les condamnent aujourd'hui étaient aux États-Unis ou dans d'autres pays qui assassinaient nos enfants (Djindjic, Tadic, Dinkic)! Merci à vous deux, frères! Vous mourriez pour la Serbie et la Serbie vous remercie ainsi, après tout cela il reste Dieu qui constate la trahison de notre saint pays et de tout ce qui est orthodoxe, (il les châtiera) de la façon dont il a puni Djindjic pour atrocités contre le peuple serbe! (Uros, 21 juillet 2009, 11:04)

Tout ce que je vois c'est des gens qui défendaient leur propre peuple, qu'auraient-ils dû faire – rester à côté et regarder comment Naser Oric assassinait? (Anonyme, 21 juillet 2009, 11:04)

Journal Politika:

Et combien Oric et les terroristes islamistes du Kosovo ont-ils eu pour avoir assassiné des centaines de gens sur leur pas de porte; tous étaient des enfants, des femmes et des civils. Ce qu'ils ont eu reflète le visage du TPIY et de la Serbie. Combien d'années pour terrorisme et crimes de guerre en Serbie celui qui a une autre nationalité aurait-il eu pour des atrocités bien plus graves? Si Lukic est coupable et s'il a fait des choses pareilles, il mérité un jugement, mais en fait le TPIY n'est pas en état de pouvoir rendre justice, et la Serbie encore moins. Ni en Serbie ni à La Haye on ne trouve un responsable de crimes de guerre contre des Serbes. Par conséquent, une autre victime innocente de Serbie est tombée au nom du gouvernement de Serbie et de son accession à l'Union européenne. C'est terrible d'être un Serbe. Mais l'histoire a montré à la Serbie et aux Serbes qui aiment leur peuple et leur pays qu'il n'y a aucune place pour eux. Au même moment un message fut envoyé à ceux qui auraient eu l'intention à l'avenir de défendre leur pays et leur peuple, ce qui les attend. Aussi bien les tribunaux serbes que celui de La Haye. (Mixer, 21 juillet 2009, 14:19)

Milan Lukic est un héros qui a sauvé Visegrad des Musulmans et des fanatiques Musulmans qui se déchainaient dans les rue de cette ville, ils ont même maltraité d'innocents défenseurs d'autres nationalités. Cet homme est complètement innocent. (Alexandar Karinkton, 22 juillet 2009, 9:57)


En bref:

Le verdict dans l'affaire Milan et Sredoje Lukic démontre clairement que des reportages non-biaisés (...) sur la nature et l'ampleur des crimes jugés devant le TPIY, peuvent provoquer des réactions émues et de compassion et une condamnation sans équivoque de ces crimes. Cependant, un nombre important de politiciens, d'analystes, de journalistes et d'intellectuels continuent de voir une conspiration antiserbe dans le TPIY, détournant l'attention de ce qui est réellement survenu et empêchant une confrontation sincère avec le passé récent. Tant que les élites politiques flirteront avec les crimes commis au nom de la Serbie, l'opinion publique sera anesthésiée -et partiellement radicalisée- au point que ces crimes deviendront acceptables malgré leur caractère monstrueux, comme de nombreuses réactions à ce verdict l'ont montré de façon vivante.
Dans une telle atmosphère, le développement d'institutions démocratiques et le soutien des droits fondamentaux seront difficilement poursuivis.

(1) Le cas le plus caractéristique fut celui des «trois de Vulovar» lorsque la chambre d'appel du TPIY augmenta la sentence du colonel Veselin Sljivancanin de 5 à 17 années d'emprisonnement, ce sur quoi pas un seul des plus hauts officiels ne manqua l'opportunité de condamner le jugement. La même réaction advint lorsque Naser Oric fut acquitté.
(2) Concernant Politika, il convient de noter que ce journal est publié par une société partiellement détenue par le gouvernement et qui se trouve placée sous son influence directe.

Source: Human Rights and Democratic Violation Early Warning Weekly Newsletter n°42, Yucom (Comité des juristes pour les droits de l'Homme).

vendredi 14 août 2009

Attitudes en Serbie après la demande d'une centaine d'ONG que le 11 juillet soit proclamé Jour du Souvenir du génocide de Srebrenica (Yucom)

Voici un extrait du Human Rights and Democracy Violation, Early Warning Weekly Newsletter N°41 de l'ONG Yucom (Comité des juristes pour les droits humains). Je n'ai pas traduit la partie contenant les déclarations des hommes politiques que le lecteur trouvera dans le document en question (en anglais ou en serbe) ni l'épilogue dont j'ai résumé le contenu. Traduction non officielle. Pour obtenir le texte complet (serbe/anglais): Komitet pravnika za ljudska prava, Yucom.


Après une série d'actions et de pressions d'ONG sur les autorités serbes visant l'adoption d'une Déclaration sur Srebrenica par le Parlement serbe et pour que soit proclamé le 11 juillet Jour du Souvenir du génocide de Srebrenica, aucune réponse officielle des autorités n'a été enregistrée.

Chronologie:

– En juin 2005, à l'occasion du 10e anniversaire du génocide de Srebrenica, un groupe de 8 organisations non-gouvernementales a adressé au Parlement un projet de Déclaration sur Srebrenica demandant que l'État adopte toutes les mesures de protection des droits des victimes de crimes de guerre, particulièrement les victimes du génocide de Srebrenica, et demandant la condamnation de ce «crime commis en notre nom». La Déclaration ne fut jamais inscrite à l'agenda parlementaire mais a entraîné des réactions tumultueuses dans la société et parmi la classe politique.

– La demande d'adoption de la Déclaration sur Srebrenica fut renouvelée au Parlement en 2006 et en 2007.

– En 2007, la cour Internationale de Justice a prononcé un verdict dans l'affaire intentée par la Bosnie-Herzégovine contre la Serbie, statuant que la Serbie n'était pas directement responsable du génocide de Srebrenica, mais était responsable de ne pas l'avoir prévenu, tout comme la Serbie était responsable d'avoir failli à arrêter le Commandant-en-Chef bosno-serbe Ratko Mladic. A ce propos, le Président de Serbie Boris Tadic a déclaré que la Serbie a pour obligation d'adopter rapidement la Déclaration sur Srebrenica et que celui qui voterait contre au Parlement voterait contre les intérêts de la nation. La Déclaration n'est néanmoins jamais venue à l'ordre du jour de l'agenda parlementaire.

– Le 15 janvier 2009, le Parlement Européen a adopté une Résolution sur Srebrenica qui invite les États membres de l'UE ainsi que les pays des Balkans occidentaux à marquer le 11 juillet comme Jour du souvenir du génocide commis à Srebrenica en 1995. En Serbie, la Résolution fut commentée par la majorité des hommes politiques, les médias et de nombreuses personnalités publiques comme la preuve d'un biais, voire même comme comme une attitude antiserbe de l'Union européenne.

– Organisations non-gouvernementales: le 11 février 2009 (ainsi que le 11 de chaque mois), les ONG telles les Femmes en Noir, le Comité Helsinki pour les droits humains, Initiative des jeunes pour les droits humains, Fonds de droit humanitaire et le Center for Advanced Legal Studies ont publiquement demandé une rencontre avec le Président serbe Boris Tadic pour le pousser à initier l'adoption de la Déclaration sur Srebrenica, c-à-d la proclamation du Jour du souvenir du génocide de Srebrenica.

– Une réponse du Secrétariat du Président parvint lors de la manifestation annoncée pour le 11 février, exprimant que le Président, en raison d'obligations précédemment contractées, était dans l'impossibilité de rencontrer les représentants des ONG. Par la suite, chacune des demandes -il y en eut 5- demeura sans réponse du Président.

– Le 11 de chaque mois, lors d'un rassemblement dans le parc voisin du siège de la Présidence serbe, les représentants des ONG, convaincus de l'obligation pour la Serbie de proclamer le 11 juillet Jour du Souvenir du génocide de Srebrenica, proclament publiquement leurs demandes au Président, à savoir d'initier l'adoption de la Déclaration sur Srebrenica et la proclamation du Jour du Souvenir. La présentation de ces demandes fut régulièrement couverte par les médias.

– La dernière demande, lue le 10 juillet 2009 devant un nombre important de représentants de médias, fut suivie par une centaine d'ONG. Il n'y eut aucune réponse du Président.

– Le 14e anniversaire du génocide de Srebrenica fut marqué à Belgrade les 10 et 11 juillet 2009; son organisation fut exclusivement prise en charge par des ONG (Femmes en Noir, Zena u crnom).

Suivent des citations d'hommes politiques. Ensuite le document se clôt sur un épilogue qui constate que plusieurs hommes politiques expriment l'idée volontairement vague que «c'est tous les auteurs de crimes qui doivent être considérés comme responsables», entendant par là que d'autres crimes condamnables ont eu lieu. En d'autres termes pour certains il y aurait, selon le document, une forme d'égalisation ou de symétrie proposée entre le génocide de Srebrenica et des crimes commis contre des Serbes en Bosnie. Un article paru dans le quotidien Press daté du 10 juillet 2009 est cité, selon lequel 10.000 Serbes auraient quitté Srebrenica dans les 10 dernières années «sous la pression et les menaces des autorités bosniaques locales». Est cité un représentant serbe local qui évoque une «persécution des Serbes» et un «plan infernal des politiciens bosniaques pour finir dans la paix ce que les escadrons de l'armée bosniaque dirigés par Naser Oric n'étaient pas parvenus à obtenir durant la guerre».