jeudi 29 octobre 2009

Y aura-t-il une «affaire Chomsky» à Amnesty International?

Une série d'emails circulent depuis ce matin concernant une prochaine conférence outre-manche de Noam Chomsky pour l'organisation de défense des droits fondamentaux Amnesty International. Une lettre ouverte a été rédigée et diffusée par Ed Vulliamy et a donné lieu à l'envoi de mails de protestation à l'organisation, en anglais et en allemand. Je proposerai demain matin les textes en question, que je traduirai ce soir. Voici en tout cas, pour information, un des appels à Amnesty que j'ai reçu à l'instant d'une membre de l'ONG Society for Threatened Peoples. Je traduirai sous peu les textes ainsi que l'éventuelle réaction d'Amnesty. Je n'en sais pas plus pour l'instant, je ne connais pas le fond du dossier. En 2005 des textes avaient circulé sur la même thématique; peut-être faut-il voir ici une occasion de clarifier les choses. Je poste l'information car la question des crimes commis durant les conflits de l'éclatement de la Yougoslavie demeure un problème pour une partie de l'intelligentsia européenne, notamment classée à l'extrême gauche. Les débats ont souvent confondu la question des faits avec l'analyse politique du rôle de la communauté internationale, les accords de Dayton, l'intervention de 1999 de l'Otan, etc.

Chère Madame Khan, Chère Madame Allen,
Nous tenons à protester avec autant de force que nous pouvons contre la décision d'Amnesty International d'inviter Noam Chomsky à donner une conférence dans le cadre de votre Conférence Annuelle, ces 30 octobre à Belfast et 2 novembre à Dublin.
Nous regrettons très profondément le fait qu'une organisation de défense des droits humains ait choisi d'offrir au Professeur Chomsky une plate-forme pour exprimer et promouvoir ses vues qui incluent de façon notable une relativisation du génocide perpétré contre les Musulmans de Bosnie.
Nous attendons que Amnesty mène campagne en faveur des droits des victimes et de leurs familles et prenne une position très ferme contre le déni du génocide. A défaut, l'organisation risque de perdre sa crédibilité.
Très sincèrement,
Signature*
1. Mme Kate Allen, Directrice de Amnesty International UK (AIUK). E-Mail: sct@amnesty.org.uk
2. Irene Khan, Secrétaire Générale de Amnesty International. http://www.amnesty.org/en/contact

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Pourquoi n'aurait-il pas le droit de s'exprimer, lui aussi?

Anonyme a dit…

Quel rapport entre cette énième conférence et ce blog ?

Dragan Grcic a dit…

Deux messages anonymes ont été déposés; par principe je ne les publie pas mais cette fois-ci pourquoi pas puisqu'ils ne sont pas injurieux.

En substance le premier message dit: pourquoi n'aurait-il pas le droit de s'exprimer? Il faut répondre à cela qu'il n'est pas question de censure, nul n'interdit à Noam Chomsky de s'exprimer, la question posée est de savoir s'il est la personne qui peut parler au nom d'Amnesty ou dans le cadre de ses activités.

Deuxième message reçu: quel est le rapport avec la Serbie? Le rapport est en fait très important car reconnaître les crimes qui se sont produits en Bosnie demeure difficile en Serbie (je ne suis pas de ceux qui pensent que ce qui s'est passé en Bosnie s'est fait indépendamment du pouvoir en place en Serbie). Un certain nombre d'ONG ont créé un concept ces dernières années, celui des "crimes commis en notre nom", et veulent faire la lumière sur le rôle de certaines autorités serbes. Chaque année des ONG participent ainsi à la marche du souvenir à Srebrenica, j'en ai déjà fait écho sur ce blog. N'oublions pas que R. Karadzic était en cavale en Serbie, et selon les responsables du TPIY R. Mladic y serait toujours. On pourrait aussi citer que les "Scorpions", par exemple, étaient bel et bien une unité du pouvoir serbe. (Un article ici sur les Scorpions: http://www.dzana.net/63-scorpions.html)

Owen a dit…

Tres bonnes et claires reponses

Dragan Grcic a dit…

Ed Vuillamy avait couvert la guerre de Bosnie en 1992 et sur place avait relevé la présences de camps et recueilli de nombreux témoignages. Il se dit préoccupé par un courant intellectuel, composé de la revue Living Marxism en Angleterre et de Novo en Allemagne, qui nient la réalité de l'existence des camps, pourtant démontrée lors de procès au TPIY et dans de nombreux témoignages (directs et indirects). Ed Vuillamy reproche à Chosmky de les avoir renforcés par ses prises de parole «depuis sa tour d'ivoire au MIT». «La souffrance qu'ils causent est sans mesure» écrit-il pour les familles et rescapés qui entendent leur souffrance déniée ou amoindrie. Voici le lien vers les textes en anglais, je n'ai hélas pas eu le temps de les traduire en français. Une seconde lettre émane de Tilman Zülch qui préside la Society for Threatened Peoples International.

http://samaha.wordpress.com/2009/10/29/open-letter-to-amnesty-international-regarding-chomskys-invitation-to-speak-by-ed-vulliamy/