C’est une très intéressante activité qu’organisait à Bruxelles l’European Policy Centre ce 16 mars, à savoir un dialogue entre deux Serbes et deux Albanais du Kosovo.L’occasion était née de la projection du film «Kosovo Diary» (Kosovski Dnevnik) produit par SEETV. Ce documentaire, très intéressant, a été filmé en deux parties, la première deux mois avant la proclamation de l’indépendance du Kosovo, la seconde partie deux mois plus tard.
Le film se centrait en grande partie sur la perception des Serbes et il montrait qu’il y a très peu de contacts entre Serbes et Albanais du Kosovo. (Un autre documentaire de 55 minutes serait davantage centré sur les Albanais et leur vision dans leur communauté.)
Dans le panel des intervenants, c’est à mes yeux la journaliste Tamara Skroza (Vreme) qui a présenté la vision la plus intéressante et la plus stimulante. Celle-ci a en effet relevé les différents types de murs qui existent entre Serbes et Albanais, mais aussi entre membres de ces communautés.
Le film était le support de grandes questions : l’indépendance a-t-elle changé quoi que ce soit aux conditions de vie des Serbes ? Faut-il être optimiste, pessimiste ? Quel peut-être le rôle de l’UE ? Quid de l’entrée de la Serbie ou du Kosovo dans l’UE ? Quelle solution pour les enclaves serbes du Kosovo (participation, décentralisation…) ?
Certaines idées exprimées laissaient transparaître un fait : alors que dans le public de nombreuses questions abordaient les éléments à caractère historique, la journaliste a lancé, en substance: «nous sommes fatigués de cette histoire du Kosovo. Nous en avons assez car nous avons nos propres vies à mener», et l’exemple donné par la journaliste portait sur la difficulté d’obtenir des visas pour venir en Belgique. Le point qui aura été central dans les analyses du public est bien celui du rôle de l’histoire. Le film montrait les différentes versions de l’histoire du Kosovo… chacun s’ingéniant à démontrer que ses ancêtres sont antérieurs à ceux des autres. La journaliste a poursuivi en disant qu’elle ne supporte plus d’entendre parler d’histoire. Et il est vrai que l’histoire, obsédante, est sans doute une des particularités problématiques des Balkans. Il faut dire qu’elle a été réécrite tellement souvent! Un des intervenants, Novak Gajic, a rappelé une citation de W. Churchill: "Les Balkans produisent plus d’Histoire qu’ils ne peuvent en consommer"...
Pour l’avenir, plusieurs questions se posent, bien sûr, dont la question de la participation des Serbes aux organisations de l’Etat kosovar. Élément important signalé par un participant : si tous les pays de l’UE n’ont pas reconnu l’indépendance, la totalité ont décidé de reconnaître les passeports kosovars.
Une très bonne initiative, qui contribuera indéniablement à tisser des ponts indépendamment des frontières. Un rapport devrait être publié suite à cette initiative, que je reproduirai dès que reçu.
Liens: European Policy Centre, SEETV.
1 commentaires:
Tres interessant bilan.
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