Dans sa «Weekly Newsletter n°33» de ce 6 mars, Yucom revient sur un événement important survenu hier à Belgrade, et qui touche aux principes de laïcité, de séparation de l’Eglise et de l’Etat.Les faits : alors que le Parlement serbe devait discuter d’un projet de loi anti-discrimination, le gouvernement a décidé de retirer le texte de la procédure parlementaire la veille. Et ce, semble-t-il, à la demande expresse de l’Eglise orthodoxe.
Le ministre des Affaires sociales Rasim Ljajic qui a en principe la tutelle sur ce projet de loi a annoncé que la décision a été prise sans qu’il ait été consulté. D’ailleurs il n’y a pas eu de réunion du gouvernement sur ce point, la décision résulte de certains échanges téléphoniques (entre qui ?).
Yucom explique que le texte permettrait à la Serbie de figurer sur ce qu’on appelle la « liste blanche de Schengen », entrainant la possibilité pour les citoyens de voyager dans l’UE sans visa. Par ailleurs cette loi est utile à la poursuite du développement du pays selon des standards démocratiques, respectueux des droits humains et des droits des minorités.
Cela fait quatre ans que ce projet de loi attend l’approbation du parlement et Yucom en retrace l’histoire détaillée. Le 19 février 2009 le gouvernement avait approuvé le projet de loi et proposé son adoption par les parlementaires.
L’église serbe aurait reconnu avoir adressé une missive au Ministre aux droits humains. Fait étonnant : l’Eglise serbe l’aurait fait en ayant consulté le clergé catholique, islamique, évangélique du pays et d’autres minorités religieuses.
Ce sont les articles 18 et 21 du projet de loi qui ennuient le clergé orthodoxe selon Yucom. Selon l’article 18, une discrimination existe si des mesures sont prises contre la liberté d’expression de croyances ou d’opinions, ou si un individu ou un groupe se voit refuser le droit d’adopter, conserver, exprimer ou de modifier ses croyances ou convictions.
L’article 21 stipule que l’identité de genre et l’orientation sexuelle relèvent de la vie privée et que nul ne peu être contraint à rendre publiques sont identité de genre ou son orientation sexuelle. Chacun a le droit d’exprimer son identité de genre et son orientation sexuelle et toute mesure discriminatoire sur cette base sera interdite.
L’église orthodoxe rejetterait la possibilité, incluse dans l’article 18 de pouvoir changer de croyances ou convictions, et dans l’article 21 le droit d’exprimer son identité de genre et son orientation sexuelle. Il est évident que la liberté de pensée, et la liberté de parole entraînent un corollaire : la liberté de choix (de religion, de sexualité).
Il est important de souligner que certains aspects sont impératifs aux yeux de l’Union européenne et qu’une loi anti-discrimination qui autoriserait certaines formes de discrimination serait très mal vue et pourrait, de fait, bloquer le processus permettant de placer le pays sur la liste blanche Schengen. Ceci dit un tel argument pourrait réjouis les nationalistes serbes qui s'opposent à une entrée dans l'Union européenne, lui préférant un rapprochement avec les grand-frère russe.
Finalement, hier le 5 mars décision a été prise de mettre le point à l’ordre du jour du parlement dans une semaine... mais avec un texte amendé.
Soulignons ici le courage dont fait preuve le Ministre aux droits humains, Marko Karadzic, qui a déclaré, selon Yucom, que le texte du projet de loi ne doit pas être modifié de façon substantielle, et que « personne ni aucun groupe n’a le droit de modifier la procédure législative ». Rasim Ljajic a lui aussi eu des mots très durs face à la situation actuelle, en substance: Faudra-t-il que les projets de loi passent désormais devant l’Eglise avant d’arriver devant l’assemblée parlementaire ?
Sources : "Human Rights and Democracy Violation, Early Warning Weekly Newsletter No. 33" (Yucom), B92, Blic, AFP.
3 commentaires:
Je prie les lecteurs d'excuser l'erreur factuelle que cet article contient: Marko Karadzic est Secrétaire d'État non pas Ministre. D.G. 7 mars 2009
Dans un communiqué de ce 9 mars signé par sa présidente, Biljana Kovačević Vučo, l’Association des Avocats pour les droits de l’Homme (Yucom) appelle le président serbe Boris Tadic et son gouvernement à rendre public si le Synode de l'Eglise orthodoxe serbe (SPC) ou un de ses membres l’a contacté lui ou un membre de son cabinet concernant le projet de loi anti-discrimination, qui a été retiré de la procédure parlementaire.
Yucom et la Coalition contre la discrimination exigent des autorités de l'Etat que la loi sur le libre accès à l'information soit d’application et que soit rendue publique la décision du gouvernement de retirer le projet de loi en question ainsi que le sténogramme de la session du gouvernement au cours duquel a été prise la décision.
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Beograd, 9. mart 2009.
Saopštenje povodom povlačenja Zakona protiv diskriminacije
Komitet pravnika za ljudska prava – YUCOM i Koalicija protiv diskriminacije pozvali su Predsednika Srbije Borisa Tadića i Vladu Srbije da odgovori da li je Sinod Srpske pravoslavne crkve ili neko iz ovog tela kontaktirao Predsednika republike ili nekoga iz njegovog kabineta, a povodom Zakona protiv diskriminacije, koji je povučen iz procedure. YUCOM i Koalicija protiv diskriminacije zahtevaju od državnih organa, na osnovu Zakona o slobodnom pristupu informacijama od javnog značaja, uvid u odluku Vlade o povlačenju Zakona protiv diskriminacije iz procedure, kao i stenogram sa sednice Vlade na kojoj je ova odluka doneta.
Nadamo se da će Predsednik i Vlada Srbije u najhitnijem roku odgovoriti na ova pitanja i postupiti u skladu sa zakonom, a da će pre svega to učiniti prema građanima Srbije.
Predsednica
Biljana Kovačević Vučo
Traduction non-officielle d'un communiqué de l'Intergroupe Gay & Lesbien du Parlement européen. Date: 9 mars 2009.
L'Intergroupe du Parlement européen pour les droits des gays et des lesbiennes presse la Serbie à remettre la loi anti-discrmination à l'agenda de la session du Parlement serbe. Le projet de loi avait été retiré avant le vote suite à une pression de l'Eglise.
"Dans un pays qui entend devenir membre de l'Union européenne, il est inacceptable de laisser des minorités souffrir de discriminations, notamment celles basées sur l'orientation sexuelle", a déclaré Michael Cashman, Président de l'Intergroupe. "Si le gouvernement serbe est sérieux concernant les aspirations à rejoindre l'UE, il soumettra à nouveau le projet de loi au vote du Parlement".
"C'est aussi une question de la démocratie et d'Etat de droit. Un pays ne peut être considéré démocratioque si son gouvernement ne respecte pas la constitution qui stipule clairement la séparation de l'Eglise et de l'Etat. La loi anti-discrimination a été conçue dans le cadre d'un processus ouvert et juste au cours duquel toutes les parties ont été entendues équitablement. L'arrêt de la loi en raison de l'inconséquente intervention en dernière minute de l'Eglise n'est en aucun cas démocratique" a conclu M. Cashman.
Source: http://www.lgbt-ep.eu/news.php
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