Aujourd’hui devaient retentir les sirènes de la défense aérienne et les clochers d’églises au travers du pays, en souvenir du début des bombardements de l’OTAN en 1999. Durant une période de 11 semaines des bombes, on s’en souvient, ont été larguées par une armada aux moyens largement supérieurs à ceux de la Serbie/Yougoslavie.La presse internationale francophone relaye largement des informations sur ce thème. Ainsi RFI écrit que: "Les premières bombes ont été lâchées au-dessus de la Serbie le 24 mars 1999, après l’échec des négociations entre l’émissaire de l’Alliance atlantique et le président serbe Slobodan Milosevic sur un plan de paix au Kosovo. Dix ans plus tard, la situation est stable, mais les soldats de l’OTAN sont toujours déployés. La Serbie n’a pas changé de position vis-à-vis de son ancienne province, qui s’est unilatéralement déclarée indépendante le 17 février 2008." La suite de l'article de RFI Il y a dix ans, les bombes de l'OTAN tombaient sur la Serbie (Maud Czaja/RFI). Lire aussi, sur le Courrier des Balkans, 24 mars : il y a dix ans, les bombardements de l’OTAN. Pour se rappeler l'état des mentalités de l'époque, je joins une couverture de Time où l'on voit que le message dominant était que la guerre visait S. Milosevic.
Des voix dissidentes s'étaient fait entendre dans tous les camps, et on se reportera par exemple au dossier du mensuel anarchiste Alternative Libertaire, consultable en pdf qui comportera notamment une lettre ouverte d'ONG serbes que je reproduis pour information.
Lettre ouverte des ONG serbes aux amis albanais
Chers Amis, nous vous écrivons dans ces moments difficiles de souffrance partagée.
Des convois entiers d'Albanais et d'autres citoyens du Kosovo, parmi lesquels beaucoup d'entre vous, ont été forcés de quitter leurs foyers.
Les tueries et les expulsions, les maisons brûlées, les ponts, les routes et les bâtiments industriels détruits forment un sombre et douloureux tableau du Kosovo, de la Serbie et du Monténégro, et semblent indiquer que la vie commune n'est plus possible. Nous croyons cependant qu'elle est nécessaire et possible.
Un avenir meilleur pour les citoyens du Kosovo, de la Serbie et du Monténégro, pour des Serbes et des Albanais citoyens d'un même État ou voisins les plus proches, ne se construira pas tout seul, ni en une nuit.

Mais c'est quelque chose à laquelle nous pouvons et devons travailler ensemble, comme nous l'avons fait de nombreuses fois dans le passé, il n'y pas si longtemps encore. Nous savons qu'à présent, cela sera très difficile, et parfois très douloureux. L'exemple de la réconciliation et de la coopération franco-allemande de l'après-guerre pourrait nous servir de modèle et d'impulsion.
Pour qu'une vie commune soit possible à l'avenir, la souffrance des crimes doit être dite pour qu'une fois pardonnée, elle ne soit pas oubliée. Cette tragédie, la vôtre et la nôtre, personnelle et collective, est le résultat d'une longue séries de politiques erronées de la part des plus radicaux parmi nous et dans la communauté internationale. La continuation de ces politiques mènera les Serbes et les Albanais à la destruction totale. La voie de la culpabilité collective est aussi la voie de la frustration, de la haine et de la vengeance. C'est pourquoi elle doit être abandonnée.
Notre premier pas, pour nous démarquer de la haine, du conflit ethnique et des destructions sanglantes est l'expression publique de notre profonde compassion et de notre condamnation sincère de tout ce que vous et vos concitoyens subissez. Comme citoyens de Serbie, nous subissons aujourd'hui des destructions et des pertes qui sont le résultat des bombardements de l'OTAN, du conflit armé au Kosovo et de désordres économiques et sociaux prolongés sous le poids des politiques meurtrières de la dictature.
La purification ethnique, les bombardements de l'OTAN et le conflit armé doivent cesser parce qu'ils ne contribuent pas à une solution de la crise au Kosovo mais au contraire la renforcent. Il ne doit plus y avoir de pertes. Tous les réfugiés doivent pouvoir retourner en sécurité dans leurs foyers et vivre comme il convient à un peuple libre et fier.
Nous sommes convaincus qu'ensemble, nous trouverons la force et le courage de nous engager sur la voie de la paix, de la démocratie, du respect des droits de la personne humaine, de la réconciliation et du respect mutuel. Il n'y a pas d'alternative au dialogue, à la négociation politique et au processus de paix. Pour nous tous, c'est la seule manière de sortir du conflit armé. C'est le moyen le plus sûr pour garantir le retour de réfugiés, de retrouver une vie et des activités normales et trouver une solution pour le statut du Kosovo.
Pour que cela puisse arriver, nous devons joindre nos efforts pour mettre fin à la guerre, redonner vie au processus de paix et entamer une reconstruction économique et démocratique pour le développement du Kosovo, de la Serbie et toute la région des Balkans.
Nous sommes convaincus qu'en joignant nos forces, nous pouvons contribuer à une solution politique juste et rationnelle pour le statut du Kosovo et construire la confiance et la coopération entre Serbes et Albanais.
Belgrade 30 avril 1999
- Association des citoyens pour la démocratie, la justice sociale et le
soutien au Syndicat unifie inter-branches Nezavisnost
- Mouvement européen en Serbie
- Initiatives civiques
- Forum pour les relations ethniques
- Centre pour la transition démocratique ToD
- Centre pour la démocratie et les élections libres
-! District 0230 (Kikinda)
- Comité Helsinki des droits de l'homme en Serbie
- Femmes en noir
- Centre des droits de l'homme de Belgrade
- Union des étudiants de Serbie
- VIN-video news hebdomadaire
- Groupe 484
- Comité yougoslave des juristes pour les droits de l'homme
- Fondation pour la paix et la gestion des crises
- Urban Inn (Novi Pazar)
- Cercle de Belgrade
- Union pour la vérité sur la résistance antifasciste
- Groupe de paix de Sombor (Sombor)
- Société pour la paix et la tolérance (Backa Palanka)
- Réseau alternatif de recherche sur l'éducation.
1 commentaires:
Amnesty International a publié un communiqué de presse ce 19 mars 2009:
Serbie/Kosovo. Dix ans après le début de la guerre au Kosovo, certaines blessures ne sont toujours pas cicatrisées
19 mars 2009
Dix ans après l'éclatement de la guerre au Kosovo, la plupart des responsables de disparitions forcées et d'enlèvements de Serbes et de membres de la communauté albanaise n'ont toujours pas été déférés à la justice, a déclaré Amnesty International à la veille du dixième anniversaire du début des bombardements de l'OTAN sur la Serbie en mars 1999. L'organisation demande de nouveau que des mesures soient prises de toute urgence pour résoudre les très nombreux cas de crimes de guerre et de violations des droits humains restés impunis.
« Tant au Kosovo qu'en Serbie, les autorités ont failli à l'obligation qu'elles avaient d'ouvrir des enquêtes indépendantes, exhaustives et impartiales, a déclaré Nicola Duckworth, directrice du programme Europe-Asie centrale d'Amnesty International. Rares sont les responsables de disparitions forcées et d'enlèvements qui ont fait l'objet de poursuites judiciaires dans l'une ou l'autre des juridictions. »
Amnesty International a recensé de très nombreux cas d'exhumations clandestines, de documents perdus, d'ingérence politique dans la justice, d'enquêtes abandonnées et de travail fait deux fois par des organismes différents. Ces différents éléments ont eu pour effet d'empêcher les proches des milliers de personnes portées manquantes de récupérer le corps de ces êtres qui leur étaient chers, sans aucune possibilité d'obtenir justice.
Plus de 3 000 Albanais du Kosovo ont « disparu » aux mains de la police, des forces paramilitaires et de l'armée serbes ; d'autres ont été enlevés par des membres de groupes armés d'opposition kosovars.
On estime à environ 800 le nombre de Serbes, Roms et membres d'autres minorités qui auraient été enlevés par des membres de l'Armée de libération du Kosovo, le plus souvent après la fin du conflit armé international en juin 1999, sous les yeux de la force de paix des Nations unies installée au Kosovo.
Environ 1 900 familles attendent toujours au Kosovo et en Serbie de savoir ce que sont devenus certains de leurs proches. Amnesty International a interrogé des proches de personnes ayant disparu ; elle a rencontré des personnes des deux parties au conflit peu de temps après la fin des combats puis de nouveau en février 2009.
« Les proches de personnes manquant à l'appel ou ayant fait l'objet d'une disparition forcée ne sont pas apaisés parce qu'ils ne savent pas ce qu'il advenu de ces êtres qui leur étaient chers et parce qu'ils ne peuvent pas honorer leur mémoire en les enterrant selon les usages, a indiqué Nicola Duckworth. À ce jour, les corps de la moitié seulement des personnes ayant disparu ont été rendus à leurs proches pour qu'ils puissent les enterrer. »
« Des familles sont victimes d'une violation de leur droit de connaître le sort réservé à leurs proches. Elles n'ont pas eu la possibilité de demander justice ni d'obtenir d'indemnité pour les pertes subies. »
Amnesty International appelle les autorités de la Serbie et du Kosovo, y compris la mission « état de droit » de l'Union européenne au Kosovo (EULEX), à collaborer aux enquêtes afin que les proches puissent être informés de ce qu'il est advenu des êtres qui leur étaient chers et que les responsables soient déférés à la justice.
Complément d'information
Le 24 mars 1999, l'OTAN a lancé l'opération « Force alliée » contre la Serbie pour empêcher l'armée, la police et les forces paramilitaires serbes d'attaquer la communauté albanaise du Kosovo. Après la fin du conflit en juin de la même année, le Kosovo a été placé sous administration intérimaire des Nations unies.
Le Kosovo a déclaré son indépendance de la Serbie de manière unilatérale le 17 février 2008.
Une nouvelle mission conduite par l'Union européenne (EULEX) a pris le relais et endossé les responsabilités de la Mission d'administration intérimaire des Nations unies au Kosovo (MINUK) le 9 décembre 2008. Son mandat prévoit qu'elle doit enquêter sur les crimes de guerre et les autres crimes graves qui n'ont pas encore été résolus et engager des poursuites contre les personnes soupçonnées d'en être responsables.
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