dimanche 30 novembre 2008

"L'objet du déni. A propos des camps serbes" (L.L. Lambrichs)

J'avais déjà évoqué sur ce blog une récente rencontre entre les responsables de Vukovar 1991 et ceux du Centre de Droit Humanitaire (article de mai 2008). La revue Inventaire/Invention donne à lire une interview de Zoran Sangut, le président de Vukovar 1991, interview menée par Louise L. Lambrichts. Je remercie l'auteure et l'éditeur qui ont autorisé la reproduction de l'article sur ce blog.


L'objet du déni. A propos des camps serbes. Entretien avec Zoran Sangut. Louise L. Lambrichs

Printemps 2007.

« Tu m’écoutes ? Il faut que je te raconte… J’ai rencontré un type, il dit la même chose que toi, c’est incroyable… J’avais entendu parler de lui par une amie journaliste il y a plusieurs mois, et quand j’ai fini de traduire ton livre je l’ai cherché. Je voulais qu’il connaisse ton travail, tu comprends ? Finalement j’ai réussi à le trouver, on a parlé… parlé… tu n’imagines pas. Chaque fois qu’il disait quelque chose je lui répondais "C’est dans le livre ! Je vous assure c’est dans le livre ! Elle dit exactement la même chose que vous." ».

Après plus d’un an de travail, Marija Basic a réussi, seule, à traduire et publier à Zagreb Nous ne verrons jamais Vukovar. Pour le publier, elle a fondé sa propre maison d’édition. Juste avant la publication de sa traduction (au début de l’été 2007), elle me raconte sa rencontre avec Zoran Sangut, juriste et président de l’Association Vukovar 1991. Défenseur de la ville pendant la guerre, fait prisonnier par l’armée serbo-fédérale après la chute de la ville, déporté dans trois camps — Stajicevo, Sremska Mitrovica et Nis — situés sur le territoire de la Serbie (et ouverts, pour certains, dès l’été 1991), il continue aujourd’hui de se battre non seulement pour faire savoir la vérité sur ces camps et pour que la justice soit rendue, mais aussi pour que cette mémoire, en Serbie, ne soit pas effacée.

Le discours officiel sur cette guerre, en France comme au Tribunal Pénal International pour la
Yougoslavie, continuant à prétendre qu’il s’est agi d’une guerre « interethnique » ou « intercommunautaire » (introduisant d’emblée une fausse symétrie pour mieux n
ier, malgré les preuves, l’agression de Belgrade contre la Croatie d’abord, puis contre la Bosnie), il me paraît important de faire parvenir aux oreilles françaises et européennes des voix croates qui se battent pour une justice respectueuse des faits avérés et qui ne soit pas — contrairement à la vision imposée par Bruxelles, Londres et Paris — ethniste. Précisons que ce point de vue — que je soutiens depuis des années maintenant, apparemment contre les médias français (puisque ceux-ci ont unanimement renoncé à relayer mon travail) — est congruent avec celui de l’activiste Natasa Kandic, à Belgrade, qui écrit dans une lettre adressée à de hauts responsables de l’armée yougoslave : « ethnicity is irrelevant » (http://www.bndlg.de/~wplarre/Natasa-Kandic.htm). Il semble que dans les capitales occidentales, cette déclaration capitale et profonde, qui touche à l’inavouable de ce conflit, n’ait pas encore été entendue.

Pour juger ce qui s’est passé en ex-Yougoslavie, il est nécessaire de comprendre. Question de stricte logique puisque qui ne comprend pas juge mal, nécessairement. Or comprendre est impossible dans le cadre de la vision ethno-nationale imposée aux opinions occidentales. Le plus sage est donc de l’abandonner pour se pencher, d’une part sur les manipul
ations de la mémoire collective par les nationalistes serbes (ou, pour reprendre le mot particulièrement juste et percutant d’Annie Le Brun, par le national-communisme serbe), et d’autre part, sur l’idéologie de longue mémoire appliquée par Belgrade (dont les textes de référence ont été publiés en français dès 1993), ainsi que sur le déni de l’antisémitisme traditionnel (bien repéré par le Comité Helsinki pour les droits humains à Belgrade, dirigé par Sonja Biserko, comme en atteste ses différents rapports). Mettre en évidence les liens de cette idéologie avec l’antisémitisme traditionnel dans le monde orthodoxe, comprendre la façon dont s’est construit, sous le régime de Tito, le négationnisme serbe relativement aux responsabilités de l’Etat serbe pendant la Deuxième Guerre mondiale, prendre la mesure enfin des représentations et des idées fausses sur lesquelles les chancelleries occidentales se sont appuyées pour soutenir au départ Milosevic (comme en témoigne l’embargo sur les armes de 1991), c’est tout ce travail de culture – et seulement lui – qui permet de comprendre comment, soixante ans après la Shoah, un nouveau génocide (qui ne s’est pas limité au massacre emblématique de Srebrenica) a pu se produire sur le sol européen, entre 1991 et 1995, en présence des troupes des Nations-Unies.

Créé en 1993 (soit deux ans avant le massacre de Srebrenica) pour lutter contre les falsifications de l’histoire, le Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie, après avoir suscité beaucoup d’espoir chez les populations agressées, a beaucoup déçu. En Croatie en particulier, où tout a commencé sous les yeux du monde entier, on comprend mal pourquoi l’agression du pays par Belgrade – agression patente, prouvée – n’a jamais été reconnue par la Cour de La Haye. Et l’on comprend mal pourquoi la justice internationale, d’emblée soumise à une vision politique ethniste qui mériterait débat, a semble-t-il décidé a priori de ne pas condamner la Serbie pour agression contre ses voisins (on sait que la Cour Internationale de Justice a débouté la Bosnie de sa plainte contre la Serbie), et de ne pas soulever la question délicate des camps situés, dès 1991, sur le territoire de la Serbie. Lorsqu’on sait que le négationnisme engendre la répétition, on ne peut qu’être surpris et inquiet d’une politique européenne et internationale aussi… inconsciente, et peu réceptive aux quelques leçons constructives que nous enseigne l’histoire européenne récente.
Convaincue pour ma part que la construction de la paix et de la réconciliation, pour les jeunes générations, passera dans les Balkans par la critique radicale des dénis collectifs et par la reconnaissance pleine et entière des faits et des responsabilités respectives, j’ai prié Zoran Sangut de m’accorder cette interview, de façon à rendre audible le style de travail qui s’accomplit aujourd’hui en Croatie, à l’initiative des anciens défenseurs de Vukovar, et je remercie vivement Branko Salaj de son amical et précieux travail d’intermédiaire linguistique entre nous.

L’objet du déni, dans cette histoire, est protéiforme et souvent partagé avec et par les démocraties occidentales (ce qui rend difficile le dialogue avec les manichéens – les « bons », je veux dire – qui se refusent à critiquer l’axe de lecture du TPIY, ce qui permet à celui-ci d’inscrire sous nos yeux ce déni dans l’histoire sans rencontrer la moindre résistance). Déni de l’agression, par Belgrade, de ses voisins (qui permet la relativisation voire le déni des crimes par les élites serbes actuelles – relativisation bien décrite et documentée par Sonja Biserko dans le rapport 2007 du Comité Helsinki de Belgrade, en particulier p. 451 sqq), déni de l’antisémitisme serbe (dont les fortes résurgences sont notées dans ce même rapport), déni de la collaboration de la Serbie avec Hitler, déni de l’idéologie à l’oeuvre, déni de la politique génocidaire menée par la Serbie dès 1991, sous les yeux des troupes de l’ONU, en Croatie et en Bosnie, déni de l’idéologie ethnistequi a présidé et préside encore au regard porté par l’Europe sur les Balkans, déni enfin et surtout du fait que cette guerre ne fut pas une guerre locale mais finalement européenne puisque largement déterminée, au moment de son déclenchement par Belgrade, par les décisions concrètes des « grands » et leur style d’ingérence. Admettra-t-on un jour que notre politique dite « humanitaire » a sans doute fait, quoi qu’on nous dise ou veuille croire, plus de morts en ex-Yougoslavie que n’en auraient fait des décisions politiques adéquates, lucides, fondées sur un jugement juste et respectueux tant du droit que de nos valeurs affichées ? On ne refait pas l’histoire… mais pour ne pas être refait par elle, il est question aujourd’hui de l’écrire avec autant de rigueur que de justesse, en respectant les vivants et les morts.

C’est ce que fait Zoran Sangut et c’est pourquoi, malgré les militants des différences associations qui en France prennent inconditionnellement le parti du TPIY tout en refusant de soutenir la démarche de Sangut (quelle idée de la justice se font-ils donc ? et comment la justice, quand il s’agit de crime contre l’humanité voire de génocide, pourrait-elle être juste en ignorant l’histoire, ses manipulations, et l’idéologie consciente ou inconsciente qui autorise toujours de telles politiques?), j’ai désiré rendre publique cette interview.

Respecter les vivants et les morts, c’est respecter leur nom qui dit souvent – quand on sait les lire– quelque chose de leur provenance. Il suffit de les écouter… Si cette guerre avait été « interethnique » ou « intercommunautaire » comme nous l’a raconté la presse occidentale pendant plus de quinze ans et comme en juge le TPIY, comment se fait-il que les listes des prisonniers des camps, capturés en 1991, comptent beaucoup de Croates, mais aussi des Bosniaques, des Hongrois, des Juifs… et même des Serbes ? Et ces camps situés sur le territoire de la Serbie dès 1991, comment se fait-il que personne en Europe, dix-sept ans plus tard, n’accepte d’en parler ? Répétition, là encore. A l’effacement dans nos mémoires de la collaboration serbe avec Hitler et des camps serbes destinés aux Juifs (documentés pour la première fois en français dans Nous ne verrons jamais Vukovar) répond aujourd’hui l’effacement de l’agression (par la justice internationale) et des camps organisés dès 1991 par la Serbie de Milosevic et par l’armée dite encore, à l’époque, « yougoslave ». Et si le déni n’était pas seulement le fait des nationalistes serbes, mais aussi partiellement et plus subtilement le fait de l’Europe et des « bons » qui jugent sans mesurer les responsabilités de leurs propres gouvernements qui, en 1991, faisaient le jeu de Milosevic ? A cet égard, il est tragi-comique de voir aujourd’hui, en 2008, le parti de Milosevic rejoindre en Serbie les pro-européens de Tadic… Mais lorsqu’on connaît l’histoire, n’est-ce pas logique ? Laissons la parole au témoin…

Zoran Sangut, bonjour. Je vous remercie vivement d’avoir accepté de m’accorder cette interview relative à votre expérience de la guerre en Croatie. L’objectif de cet entretien est de vous aider à partager votre expérience avec les Français ainsi qu’avec les autres peuples d’Europe, et d’aider ces peuples à comprendre ce qui s’est vraiment passé durant cette guerre. Malheureusement, depuis quatorze ans, le TPIY ne dit pas vraiment la justice. Il accomplit certes un travail d’enquête utile, important pour les historiens futurs, mais le jugement, tel que les populations agressées étaient en droit de l’attendre, n’est pas encore au rendez-vous, cette instance juridique ad hoc ayant renoncé à inscrire dans ses statuts le crime contre la paix - crime dont, nous le savons tous, Belgrade s’est rendue coupable. Pour commencer cette conversation, pourriez-vous me dire pourquoi vous avez créé l’association “Vukovar 1991”? Quand et pourquoi cette idée vous est-elle venue à l’esprit? Quels sont vos partenaires? Vos objectifs?

L'association Vukovar 1991 s’est constituée spontanément, un peu par hasard. Tout a commencé par une question relative à l’accès au logement pour les citoyens de Croatie (Croates, Serbes, Bosniaques, Albanais) souhaitant revenir vivre dans la région danubienne de Slavonie orientale, après la réintégration pacifique. La loi sur les logements dont bénéficiaient les citoyens de Croatie sur les territoires non touchés par la guerre ne s’appliquait pas pour ces populations.
En tant que Vukovarien, je connaissais le problème et en tant que juriste, j'ai commencé à l’étudier de plus près. J'ai demandé l'assistance de mes collègues juristes et nous nous sommes mobilisés. Nous avons écrit plusieurs fois au premier ministre de l’époque, Ivica Racan, mais nous n’avons obtenu aucune réponse. Nous avons décidé alors de rechercher le soutien de nos concitoyens et nous avons organisé la signature d’une pétition sur la place principale de Zagreb.
Comme une pétition, d’après la lettre de la loi croate, ne peut émaner d’un individu (personne physique), nous avons fondé, pour la rendre légitime, l'Association Vukovar 1991. Et en trois semaines, la pétition portée par l’Association a recueilli 13 000 signatures. Ce succès a contraint le gouvernement d’Ivica Racan à promulguer l'arrêt permettant le rachat des logements dans la région danubienne.
Vukovar symbolisant à nos yeux la souffrance et l'injustice endurées par le peuple en 1991, nous avons décidé de baptiser l'Association « Vukovar 1991 ».
L'Association comprend 11 juristes et 7 citoyens renommés ayant à la fois les connaissances et le courage nécessaires pour prendre position sur des sujets de société importants, des questions réelles où se manifeste de l'injustice. Je pense par exemple à la question des camps de concentration situés sur le territoire de la Serbie après la chute de Vukovar en 1991, ainsi qu’au rôle joué par les minorités nationales au cours de ce que nous appelons la Guerre Patriotique.
Notre objectif est d’éveiller dans la société croate la conscience de l'urgence qu’il y a à se confronter à la vérité, de remédier le plus vite possible aux injustices commises et de reconnaître franchement et de tout coeur les membres de minorités nationales qui, en 1991, ont fortement contribué à la lutte de la Croatie pour son indépendance, sa liberté et son intégrité territoriale.
Dans l'Association, nous considérons que certains ressortissants des minorités nationales – serbes en particulier – ont si bien mérité du pays qu'ils devraient être décorés, et nous militons pour que les rues, dans certaines villes, portent leurs noms. Nous exigeons que la République de Croatie montre que la société croate est démocratique et mûre et qu'elle apprécie la contribution de chacun de ses citoyens, quelle que soit son appartenance nationale, et qu’elle est capable de le reconnaître publiquement.

Quand le Président Stjepan Mesic est venu à Paris, le 17 décembre 2007, il a donné une conférence sur “L’avenir de la Croatie et des Balkans”. Au cours de la discussion, il a mentionné la question des camps de concentration en Serbie, mais personne dans l’assistance n’a relevé. A vrai dire, cette question reste très peu connue en France et quand on l’évoque, on rencontre dans notre propre presse beaucoup de résistances. Pourriez-vous me dire ce que vous savez au sujet de ces camps?

Après la chute et l'occupation de Vukovar, la JNA (l’armée yougoslave, téléguidée par Milosevic) a transporté les 19 et 20 novembre 1991, par camions et autobus, tous les civils, blessés et défenseurs de la ville en Serbie et y a installé des camps. Sur environ 10 000 personnes capturées, à peu près 300 furent tuées et 495 sont aujourd’hui encore enregistrées comme disparues. Dans ces camps, les prisonniers étaient quotidiennement battus, soumis à des sévices psychologiques et sexuels, à la faim et à la soif, à des interrogatoires, enfermés dans des cellules d'isolement… Ces traitements étaient infligés non seulement aux Croates et autres non-Serbes, mais aussi aux Serbes qui avaient pris part à la défense de Vukovar et ont résisté à la politique grand-serbe de Milosevic (parmi 1800 défenseurs de Vukovar se trouvaient une centaine de Serbes). Personnellement, j'ai été détenu dans trois de ces lieux (Stajicevo, Nis, et Sremska Mitrovica) et j'ai vu de mes yeux les gardiens, à Sremska Mitrovica, tuer à coups de bâtons en cinq minutes le défenseur de Vukovar Zvonko Tvorek.
Les gardiens et les commandants des camps étaient des officiers et des soldats de la JNA, ce qui montre que tout se passait sous le contrôle et la direction du haut commandement militaire et politique de Serbie.
Le bureau de procureur du TPIY, du temps de Carla del Ponte, n'a jamais demandé la moindre enquête ni témoigné un intérêt quelconque pour les camps situés sur le territoire de la Serbie, et il n'a jamais demandé qu'un acte d'accusation soit porté contre la Serbie. Il est permis de se demander pourquoi.
L'Association de juristes Vukovar 1991 s'est adressée à Mme del Ponte et lui a posé directement la question : pourquoi les camps en Serbie n'ont-ils jamais fait l’objet d’une enquête internationale et d’une mise en examen ? Nous n’avons jamais reçu de réponse.
J'ai appris par Sandra Orlovic (collaboratrice de l'association de Natasa Kandic)
qu'après la chute de Srebrenica et de Zepa, certains Bosniaques ont, de même, été emprisonnés dans les camps de Sljivovica et de Mitrovo Polje.


Peut-être savez-vous qu’en France, de nombreuses personnes refusent de considérer que les prisons, en Serbie et en Bosnie, étaient pendant cette dernière guerre des “camps de concentration”. Généralement, cette expression est réservée à la Deuxième Guerre mondiale, et souvent confondue avec “camps d’extermination”. Pour cette raison, je vous serais reconnaissante d’être aussi précis que possible, relativement à ce qui se passait dans ces camps. Pourriez-vous décrire quelles étaient les conditions de détention dans ces différents lieux ?

Après avoir occupé les régions croates au cours de l’été et de l’automne 1991, les soldats de la JNA ont transporté leurs habitants en Serbie, dans des camps de prisonniers qui se trouvaient à Sremska Mitrovica, Stajicevo, Begejci et Nis. Là, violant l’article 3 de la Convention de Genève, les commandants et les gardiens de ces camps se sont rendus responsables de crimes de guerre de diverses façons : ils battaient quotidiennement les prisonniers sur tout le corps à coups de poings, à coups de pieds, à coups de bâtons ; ils les torturaient à l’électricité et les brûlaient ; ils les faisaient souffrir de faim et de soif ; ils les parquaient dans des étables réservées au bétail et les faisaient coucher sur le sol de béton, sans couverture, dans la froideur de la nuit ; ils leur faisaient subir des interrogatoires jour et nuit, les rouaient de coups, les menaçaient de mort, les conduisaient dehors en leur annonçant qu’ils allaient être fusillés, puis les ramenaient à l’intérieur... et parfois les tuaient ; ou alors, ils leur promettaient une libération prochaine, un échange avec d’autres prisonniers, les faisaient se préparer pour rentrer chez eux et au dernier moment, ils annulaient tout ; ils leur interdisaient de communiquer avec les autres prisonniers et les enfermaient seuls dans des cachots ; ils les forçaient à regarder les autres prisonniers subir des mauvais traitements et à écouter leurs cris de douleur ; ils les soumettaient à des travaux forcés ; ils les forçaient à chanter des chants tchetniks ; ils refusaient de soigner les blessés ; ils confisquaient les objets de valeur et l’argent.
Par tous ces actes, ils se sont rendus responsables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, tels que définis par l'article 160 du Code pénal de la République de Croatie.


Ces camps dont je parle - Sremska Mitrovica, Stajicevo, Begejci, Nis et VIZ Belgrade - étaient situés sur le territoire actuel de la Serbie (appelée à l’époque RFY - République Fédérale de Yougoslavie). D’autres camps ont été organisés par la JNA, pendant la guerre, sur les territoires occupés de Croatie, à Dalj et Velepromet (Vukovar).
Pour être plus précis et parler de ce que je connais, je peux les décrire brièvement les uns après les autres. Je commencerai par les camps situés sur le territoire de la Serbie et ouverts, tous, dès 1991.


Sremska Mitrovica
C’était une prison entourée de murs surmontés de barbelés. Les prisonniers y étaient transportés par autobus jusqu’à l'entrée, après quoi ils devaient passer devant une haie de militaires, de policiers et de gardiens qui les rouaient de coups de pieds, de coups de poings, de coups de bâtons. On leur confisquait immédiatement tous leurs objets de valeur et leur argent. Des reçus signés par le commandant Zoran Randjelovic furent délivrés à certains prisonniers, mais ni les objets ni l'argent ne leur furent jamais rendus.
Les prisonniers étaient parqués dans des locaux de trente mètres sur six. Dans chacun de ces espaces étaient gardées environ 160 personnes. Au début, nous dormions à même le plancher. Par la suite, nous avons reçu des matelas.
La prison possédait aussi des cachots pour isoler les prisonniers. Ceux-ci étaient soumis quotidiennement à des interrogatoires au cours desquels ils étaient battus par ceux qui menaient ces interrogatoires, puis, souvent, conduits dans le corridor où les gardiens prenaient le relais et les battaient à leur tour.
Au début, nous portions nos propres vêtements, ceux que nous portions au moment de notre capture. Plus tard, on nous a fourni des uniformes de travail de la JNA. La nourriture était de mauvaise qualité et insuffisante.
Bozo Kelava et Zvonko Tvorek ont été tués dans ce camp. Quand Tvorek a été tué, il se tenait à genoux à côté de moi. Je sais que si j’avais levé les yeux une seconde avant lui, moi aussi j’aurais été tué. De nombreux prisonniers ont été gravement blessés. Beaucoup aujourd’hui souffrent encore des séquelles physiques et psychiques de ces tortures.
Le camp de Sremska Mitrovica a été ouvert le 18 novembre 1991 (date de la chute de Vukovar) et clos le 13 août 1992, à la veille du dernier grand échange de prisonniers qui a eu lieu le 14 août 1992.
D’après ce que nous avons pu apprendre au cours de notre détention, le commandant du camp était Zoran Randjelovic. Les interrogateurs et les gardiens étaient connus soit par leurs sobriquets (Tajson, Adjudant Medic, Terijer, Plavi 9, Rambo, Madjar (le Hongrois), Crnogorac (le Monténégrin), Seki, Borko, Brica, Vojo, Bobota, Sicer et capitaine Djuka), soit par leur propre nom: Veljko Dragicević, Dusko Kovacevic, Slobodan Simic, Marko Crevar, Sasa Krstic, Slobodan Gojkovic, le capitaine Mihajlo Katalina, Marko Kraguljac, Mato Lukic, Medic, le juge d’instruction Salić, Djordje Vojnovic et autres. (Voir liste des prisonniers à la fin.)


Stajicevo
Le camp de Stajicevo était organisé dans les locaux d’une coopérative agricole où l’on élevait des boeufs. Il comportait plusieurs étables dans lesquelles on a transféré les habitants de Vukovar, après la chute de la ville. On les a entassés dans cesétables, elles-mêmes encerclées de barbelés devant lesquels stationnaient des policiers militaires armés avec des chiens. De tels policiers patrouillaient aussi à l’intérieur du camp.
Au début, il n'existait ni sanitaires ni eau (potable ou non). Apportée dans des tonneaux, l'eau nécessaire à la survie était jaune et ressemblait à de l’essence sulfureuse. Les prisonniers restaient assis sur le béton, ligotés avec du fil de fer ou de plastique. Plus tard, on leur a fourni de la paille et des couvertures.
Pendant les interrogatoires quotidiens, ils nous battaient systématiquement partout et tout le temps : dans l’étable, pendant les interrogatoires, quand nous nous rendions aux toilettes, ou simplement quand ils étaient disposés à le faire, le jour ou la nuit… J’avais l’impression qu’ils se comportaient ainsi par vengeance ou par haine, mais j’ignore leurs vraies raisons et je ne sais pas s’ils étaient incités par la hiérarchie à se comporter ainsi avec nous.
La nourriture était mauvaise et en quantité insuffisante. Les prisonniers étaient aussi contraints à des travaux forcés.
Trois personnes – Branko Koh, Ivan Kamerla et Ivan Kunac – ont été tués dans ce camp sous nos yeux, d’autres ont été éloignés et nous ne les avons jamais revus, un grand nombre de prisonniers ont souffert de blessures plus ou moins graves.
Le camp a été ouvert le 18 novembre 1991 (le jour de la chute de Vukovar) et clos le 21 décembre 1991. Le commandant du camp était le sous-colonel Zivanovic, ceux qui menaient les interrogatoires et les gardiens étaient Milos Bujanovic, Ljubisa Djordjevic, Tajci, Rambo, Madjar, Brko, le capitaine Crnojevic, le capitaine Djordje Ivkovic, Marko Kraguljac et autres. (Voir liste des prisonniers à la fin.)


Begejci
Situé dans la plaine, près du village agricole Begejci, ce camp a été aménagé dans un vieux bâtiment construit environ soixante-dix ans plus tôt pour l'élevage du gros bétail, et mesurant à peu près 50 mètres sur 10. A côté de ce bâtiment se trouvaient des toilettes improvisées ("des champs"), le bâtiment était encerclé de barbelés et de gardiens, avec un nid de mitrailleuse à l'entrée. Les prisonniers dormaient sur la paille. La nourriture était mauvaise. Les interrogatoires avaient lieu quotidiennement, les gardiens battaient les prisonniers avec des bâtons, des crosses de fusil, à coups de bottes…
Le camp a été ouvert le 1er octobre 1991 et fermé le 21 novembre 1991.
Le commandant du camp était le sous-colonel Zivanovic. Les gardiens et ceux qui menaient les interrogatoires s'appelaient Borko, Vojo, Gugi, Zare, Seki, Rambo, Ljubo le barbier, Stanislav Simic, Slobodan Simic, Dusko Kovacevic, l’adjudant de première classe Vonic, Veljko Dragic et autres. (Voir liste des prisonniers à la fin.)


Nis
Le camp de Nis était installé dans la prison de la ville. Les prisonniers étaient logés au rez-de-chaussée et aux deux premiers étages d'une aile du bâtiment. Dans chaque salle étaient séquestrées 50 personnes. Nous dormions sur des lits métalliques à l'étage.
Pendant la journée, on nous conduisait à la salle à manger, mais le temps des repas était si bref que nous n'arrivions pas à calmer notre faim. Nous étions interrogés et battus quotidiennement. Le régime de Nis a été considéré comme le pire de tous.
Le commandant du camp était un colonel de la JNA dont je ne connais pas le nom.
Les interrogatoires étaient menés par les policiers militaires de la 1re brigade de la police militaire. Ils portaient des sobriquets comme Rambo, Djuro, Razarac [Destructeur], Razbijac [Démolisseur] et autres.
Le camp a été ouvert le 18 novembre 1991 (jour de la chute de Vukovar) et fermé le 26 février 1992. (Voir liste des prisonniers à la fin.)


VIZ de Belgrade
La prison d'enquête militaire VIZ de Belgrade se trouvait à Banjica. D’après ce que nous savons (personnellement, je n’y ai pas séjourné), les prisonniers y étaient séquestrés au premier et au deuxième étage, où ils étaient isolés en attendant les interrogatoires et les procès. Les interrogatoires, musclés, étaient ponctués de coups de bâtons, de coups de bottes, de coups de poing. Six prisonniers ont été condamnés à mort et dix personnes à des peines de prison ferme de 6 à 20 ans. (Voir liste des prisonniers à la fin.)
Comme je vous le disais au début, il y eut aussi des camps sur le territoire de la Croatie, en Slavonie de l'Est, tenus par les forces serbo-yougoslaves. Je pense en particulier à Dalj, Velepromet, Borovo Selo, Ovcara...


Dalj
Dans la petite ville de Dalj, les prisonniers ont été séquestrés dans plusieurs lieux: dans le bâtiment du conseil municipal, chez Marinko Ivanovic et Zlatko Strajber, dans le dépôt de la gare ferroviaire, dans l'atelier de mécanique, dans le vieux bâtiment jaune de la coopérative agricole IPK, ainsi que dans la vieille école primaire et dans la briqueterie.
Quelque 7 000 personnes sont passées par ces endroits, utilisés comme camps à partir du 1er août 1991 (avant même l’attaque de Vukovar) jusqu'à leur fermeture au cours de l’année 1993. Tous les prisonniers ont été physiquement maltraités et beaucoup d’entre eux ont été tués et jetés dans le Danube. A l'entrée du camp, les prisonniers ont été dépossédés de tous leurs objets de valeur (argent, or, montres) ainsi que de leurs vêtements.
D’après les témoignages des prisonniers, ceux qui menaient les interrogatoires et les gardiens du camp s'appelaient Milorad Stricevic, Zeljko Cizmic, Bosko Ristic, Milan Klaic, Djordje Radivojcevic, Milenko Tripunovic, Zoran dit Fafrika, Vladimir Makivic, Miodrag Batkic, Zoran Makivic, Marko Pejic, Sreto Kincic, Zika dit Robijas, Djordjila Miladinovic, Rajko Miladinovic, Branko Gojsovic, Dobrivoj Radovancevic, Boro Milinkovic, Georgije Milinkovic, Marko Loncarevic, Mico Grbavac, Djordje Drpa, Predrag Gavrovski, Siniša Vidić, Branko Klaić, Boro Ristic, Bogdan Koroljevic zvani Gacan, Djoko Vujcic, Zoran Culic, Mito Berkovic-Djaja, Djordje Radojcic, Goran Hadzic, Grujo Amidzic, Djordje Calosevic-Briga, Vojislav Stanimirovic, Dragan Lovric, Milos Vojnovic, Lazar Mijokovic, Djordje Vazić, Gojko Samardjija, Stevo Ristic, Veso Agic, Ljubo Ajdukovic, Jovo Ajdukovic et autres. (Voir liste des prisonniers à la fin.)


Velepromet
Ce camp, situé à Vukovar, était installé dans le dépôt de l'entreprise commerciale "Velepromet". Il consistait en entrepôts entourés de murs et en six dépôts de ferblanc.
C'était un camp de rassemblement et de transfert qui a vu passer environ 10.000 hommes, femmes et enfants en route pour d’autres camps comme Sremska Mitrovica, Stajicevo, Begejci et autres. Certaines personnes n'y restaient que quelques jours, d'autres y ont séjourné plusieurs mois. On y menait des interrogatoires après lesquels certains prisonniers furent déportés sans laisser de trace jusqu’à aujourd’hui. Environ 800 personnes ont fait un séjour prolongé dans ce camp, tandis qu’environ 1200 personnes qui y sont passées ont disparu.
Ce camp a été ouvert à la mi-septembre 1991 (au début du siège de Vukovar) et fermé en mars 1992. Les gardiens et ceux qui menaient les interrogatoires s'appelaient Milovan Cveticanin, Vladimir Bekic, Jovica Radan, Radivoj Jakovljevic, Mihajlo Katalina, Nenad Zigic, Stanislav Avramovic, Boro Latinovic, Ljubisa Stojanovic, Milos Vojnovic, Jovica Vojvodic, Milan Milic, Dragan Jagetic, Jezdimir Stankovic, Ilija Vojnovic, Djoko Klipa, Bogdan Klipa, Zorica Eses, Zeljko Karan, Boro Krstic, Rajko Latinovic, Marko Ceprnja, Vladimir Mitrovic, Djuka Kradijan, Slobodan Tisov, Ljubisa Stojanovic, Branko Kurucic, Mirko Jagetic, Branko Sekuljica, Petar Lukic, Inka Stankovic, Milan Skendzic-Mico, Mihajlo Katalina-Pahulj, Radovan Majski, M. Drzajic, dr. Milorad Maric, Igor Jovanovic, Djordje Jovanovic, Zoric, Drago Crnogorac, Djuro Gvojic, Milica Gvojic, Vlado Kovacevic, Slobodan Kovacevic, Krsto Pavlovic, Djordje Rajsic, Ivanka Savić, Mirko Stankovic, Sane Vojvodic, Miroslav Keravica, Dane Kovcin, Dragan Vojnovic, Dragoljub Vojnovic, Branko Bingulac, Gavro Petrusic, Mirko Ruzic, Jovica Maksic et autres. (Voir liste des prisonniers à la fin.)


Borovo Selo
Le camp de Borovo Selo, dans la banlieue de Vukovar, était réparti entre la salle de cinéma, l'école primaire B. Maslaric et la salle de sports. Les prisonniers amenés de Borovo Naselje furent placés dans la salle de sports puis conduits dans les salles de classes de l'école primaire. Dans certaines classes, les gens disparaissaient: des hommes, des femmes, des enfants. La plupart d’entre eux furent sauvagement tués, massacrés avec des bouteilles, des couteaux ou des objets métalliques et jetés ensuite dans le Danube. Ces crimes ont fait du fleuve la plus grande tombe de la guerre. Les interrogatoires étaient menés 24 heures sur 24, et les prisonniers étaient battus avec différents objets.
Selon les prisonniers, les crimes ont été commis par Dragisa Cancarevic, Pero Cetina, Slavoljub Sremac, Radenko Alavanja, Jovica Vucenovic, Pero Grujic, Petar Gunj, Bozo Mandic, Ruza Mandic, Vojin Blagojevic, Milan Soskocanin, Zoran Tripic, Ivan Lukic, Rade Cucuz, Milenko Dafinic, Aleksandar Kurtesanin, Sretko Milosevic, David Cesic, Milenko Knezevic, Branko Nikolic, Rado Bosic, Branko Poznanovic, Milomir Dafinic, Milan Jakovljevic, Branko Ciric, Branko Marinovic, Ljubisa Jovanovic-Alija, Petar Njegic, Dragan Lapcevic, Milan Cecavac et autres. (Voir liste des prisonniers à la fin.)

Ovcara
Situé tout près de l'entreprise VUPIK, à cinq kilomètres à l'est de Vukovar, le camp d’Ovcara était de tous côtés entouré de murs et facile à garder avec, sur le devant, une grande porte à glissière par laquelle les prisonniers entraient et sortaient. Le camp fut ouvert à la mi-octobre 1991 et fermé le 25 décembre 1991, après l’exécution de 200 prisonniers. 61 sont portés disparus.
Selon les prisonniers, les crimes ont été commis par Milos Bulic, Djuro Bulidja (dit Le Pêcheur), Sasa Molnar-Guja [Le Serpent], Slavko Dokmanovic, Stevan Zoric, Milos Ljubicic, Mile Mrksic, Boro Latinovic, Radivoj Jakovljevic-Frizider [Frigidaire], Dusko (commerçant de Gvozdjara), Goran Mugosa-Kustro et autres. (Voir liste des prisonniers à la fin.)
De tous ces faits peuvent également témoigner Danijel Rehak, Marin Vidic-Bili, Pilip Karaula, Ivan Hubalek, Kiril Hajnal, Viktor Mikulic, Srecko Bracun, fra. Branimir Stjepan Kosec, Ante Raspudic, Antun Bare, Dominik Vorgic, Josip Kosturik, Drago Jelic, Ivan Soldo, Zvonko Maloca, Nikola Tomkic, Zvonko Mance, Emil Cakalic, Stjepan Guncevic, Zarko Pavletic, Drago Berghofer, Miljenko Miljkovic, Drago Jelic, Zvonimir Ivanisevic, Zdenko Novak, et d’autres témoins qui ont déposé, pour servir la justice, diverses déclarations qui sont en ma possession. A titre de preuves, je possède les attestations de dépossession temporaire d'objets, des déclarations des prisonniers, l'enquête effectuée auprès des déportés.


Merci de toutes ces précisions. Pour les Français, dont beaucoup n’ont pas compris ce qui se passait au moment où la Croatie a été attaquée, ce rappel et ces développements fournis par un témoin direct sont précieux. A présent, j’aimerais avoir votre écho sur un point: qu’en est-il, selon vous, des sévices à caractère sexuel infligés aux prisonniers?


Concernant cette question, je souhaite préciser que certains prisonniers ont été forcés par leurs tortionnaires à toucher d’autres prisonniers sur les organes sexuels voire à les masturber, et qu'un assez grand nombre de prisonniers ont été battus sur les testicules (de ce fait, certains déportés ne peuvent plus avoir d'enfants).
Pour revenir aux camps, selon les informations que j'ai obtenues, les camps de Stajicevo et de Begejci furent les premiers à être fermés, après que la Croix Rouge eut dénoncé les conditions inhumaines de détention. Certains prisonniers ont été transférés à Nis et certains à Sremska Mitrovica. Plus tard, nous tous qui étions à Nis avons été transférés à Sremska Mitrovica.
Quant à savoir si ces camps doivent être appelés « camps de concentration » ou non, à chacun d’en juger. Je peux seulement témoigner du fait qu’il y avait, dans ces camps, des tueries et des actes de torture quotidiens. La question qui personnellement me préoccupe le plus, c'est que tous ces actes soient portés devant des instances pénales et jugés comme ils le méritent.
Je rappelle que les camps dont je vous ai parlé ont été inventoriés par la Croix Rouge Internationale dès le 2 décembre 1991, et qu'à côté de ces camps (dont beaucoup se trouvaient sur le territoire de la Serbie), il y avait, également en Serbie, des camps privés, tenus par des personnes privées (et non par l’armée) dont l'existence reste un secret public et sur lesquels, jusqu’à aujourd’hui, tout le monde – y compris la communauté internationale – observe un profond silence. Or, d’après ce que nous savons, il s’agirait de lieux où était organisée une forme d’esclavage « moderne » (si j’ose dire !), notre Association a connaissance de cinq de ces lieux mais nous savons qu’il en existait de nombreux autres et il nous paraît invraisemblable que le gouvernement de Serbie n’ait pas été au courant de l’existence de ces camps.


Ces informations importantes complètent de façon congruente les principaux faits que nous connaissons depuis 1991 et dont nous avons pris connaissance au cours de la guerre. Le problème actuel, comme vous le savez, est de plusieurs ordres : le premier est d’amener le peuple serbe à prendre conscience de la politique menée par Milosevic, Karadzic et Mladic. Il faut donc trouver à Belgrade des personnes qui vous aideront à faire savoir ces faits. Le second est plus difficile : il est d’amener l’Europe et la justice internationale à reconnaître les faits dont elle est censée juger. Or manifestement, le TPIY et la Cour internationale de justice ont décidé de ne pas condamner la Serbie pour l’agression contre la Croatie et la Bosnie. Pensez-vous possible de construire la paix entre les jeunes générations malgré ce déni de justice international ?


Actuellement, j’essaie de trouver des appuis à Belgrade auprès des activistes, encore très minoritaires mais importants, qui se battent aussi pour la vérité et la justice. Concernant ces camps, au cours du mois de mai 2008, nous sommes allés à Belgrade rencontrer le Procureur général de Serbie, M. Vladimir Vukcevic, pour engager des poursuites contre les criminels responsables de ces crimes dans ces camps en Serbie, après quoi nous avons pu donner une conférence de presse au bureau de Natasa Kandic.

Ces nouvelles ont été publiées dans tous les médias serbes et croates. Ainsi, plus personne aujourd’hui ne peut prétendre, de bonne foi, qu’il n’y avait pas de camps pendant cette guerre sur le territoire de la Serbie.

NDLR: L'article s'achève par la liste des personnes ayant été détenues dans les différents lieux cités. Se reporter à la source: Revue Inventaire/Invention. Louise L. Lambrichs est aussi l'auteure de "Nous ne verrons jamais Vukovar" (Ed. Philippe Rey). Elle dispose de son propre blog (Littérature et malaise dans la culture) et annonce la parution prochaine d'une interview de Sonja Biserko, militante serbe des droits humains. Photo de Z. Sangut: Hrvatski Radio Vukovar.

samedi 29 novembre 2008

Soutenir Florence Hartmann (Place Publique)

Le site Place Publique relaye un article que diffusent des ONG européennes autour de l'ONG Initiative Citoyens en Europe. Cet article analyse le procès qui est mené par le Tribunal Pénal International (TPIY) contre Florence Hartmann, pour outrage à la Cour. Extrait du texte "Douze questions pour un Tribunal":

"En quoi ces archives sont-elles si importantes ? L’affaire est compliquée car elle implique deux Tribunaux distincts et deux procès différents. Le TPIY qui juge Slobodan Milosevic entre juillet 2001 et mars 2006 (date de la mort de Milosevic d’une crise cardiaque) La Cour Internationale de Justice, institution judiciaire plus ancienne jugeant les litiges entre états et qui délibère depuis 1993 sur la plainte de la Croatie et de la Bosnie contre la Serbie pour agression et génocide.
Ces archives émanent du Conseil Suprême de Défense de la Serbie-Monténégro, que le TPI avait obtenues dans le cadre du Procès Milosevic. Elles sont utilisables comme preuves dans l‘un ou l’autre de ces deux procès, et auraient pu permettre de déterminer le rôle réel de la Serbie dans le génocide de Srebrenica. Ces documents qui ont été consultés en 2003 par un enquêteur diligenté par le procureur Carla Del Ponte, montrent clairement la subordination de la République serbe de Bosnie au gouvernement serbe de Belgrade. Et par conséquent l’implication directe de la Serbie dans les évènements de Bosnie. Mais du fait de la restriction imposée par le TPI, les comptes rendus des délibérations de ce Conseil Suprême qui s’est réuni 74 fois, n’ont pas été communiquées à la Cour internationale de Justice (CIJ) qui avait été saisie d’une plainte de la Bosnie contre la Serbie pour génocide. La Serbie avait demandé au TPI cette restriction pour échapper à une condamnation devant la CIJ qui lui aurait coûté des centaines de millions d’euros de réparation à verser aux victimes. Elle avait mis en avant la menace qu’une éventuelle condamnation pourrait faire peser sur ses intérêts vitaux. Pour la diplomatie internationale, il semblait difficile dans le même temps d’intégrer la perspective de faire rentrer la Serbie dans l’UE et de la mettre au banc des nations. Conciliant, le TPIY avait accepté. En février 2007, en l’absence de ces documents, la CIJ avait rendu un jugement exonérant la Serbie, en tant qu’État, de toute responsabilité directe et de toute complicité dans les massacres de Srebrenica, attribués aux seules forces serbes de Bosnie.
Les victimes et une grande partie de l’opinion publique avaient été choquées par ce jugement rendu sans accès aux archives les plus déterminantes. Elles avaient cherché à comprendre pourquoi le TPI avait défendu les intérêts de la Serbie contre ceux des victimes. Très vite (en avril 2007), elles avaient obtenu une réponse qui n’émanait pas du TPI et selon laquelle Carla Del Ponte avait conclu un marché avec Belgrade. Les procureurs n’ont pas autorité en la matière. Seuls les juges peuvent accorder des mesures de confidentialité et non le bureau du procureur. Carla Del Ponte faisait une parfaite coupable. "

Pour le texte complet: ici.

17.000 personnes disparues dans la région selon les autorités

La Commission Internationale sur les Personnes Disparues (IMPC) tient congrès à Belgrade jusqu'au 30 novembre. La région compte 17.000 disparus, a déclaré Slavica Đukić Dejanović (photo), présidente du Parlement et... membre du parti qui était aux affaires durant les années 1990. On lit, sur le site de l'IMPC:
"Après la cessation des conflits dans l'ex-Yougoslavie on dénombrait 40.000 personnes disparues et présumées décédées. Ce nombre inclut les conflits de Croatie, Bosnie & Herzégovine (BiH) et du Kosovo tout comme la crise de 2001 en Macédoine. Du nombre approximatif de 40.000 personnes disparues dans la région, 30.000 avaient disparu suite au conflit en BiH, 5.500 de Croatie, 4.400 du Kosovo et 23 de la crise de 2001 en Macédoine.
Aujourd'hui le nombre de personnes disparues dans la région est de plus ou moins 17.000, dont 13.000 qui ont disparu lors du conflit en BiH, 2.000 du conflit en Croatie, 2.000 du Kosovo et 13 de Macédoine."

vendredi 28 novembre 2008

And the winner is... Concours BOBS 2008 - prix Reporters Sans Frontières

Peut-être saviez-vous que mon blog comptait parmi les 11 finalistes du concours international organisé par Deutsche Welle sous le titre BOBs, plus particulièrement pour le prix "Reporters Sans Frontières". Le jury s'est prononcé et voici le résultat.

"Le Prix Reporters sans Frontières est attribué cette année à deux candidats ex-aequo. Le jury des BOBs a tenu à récompenser à la fois « 4Equality », un blog iranien qui s’est fixé comme objectif de récolter un million de signatures contre les lois misogynes en Iran, et le blog de Zeng Jinyan, dont le mari n’est autre que Hu Jia, militant des droits de l’homme et lauréat 2008 du Prix Sakharov. Assignée à résidence, elle décrit dans son blog sa vie quotidienne sous la surveillance constante de la police d’Etat."

Je félicite chaleureusement les deux blogs récompensés et je suis heureux car ce concours soutiendra certainement Zeng Jinyan et son époux (photo) qui font face à des conditions de vie très difficiles en Chine. Lire sur ce point le dossier d'Amnesty International.

La liste des lauréats de chaque catégorie est consultable sur le site BOBs.

mercredi 26 novembre 2008

Journalistes: hausse des agressions en 2008

Selon Tanjug, le nombre d'agressions sérieuses à l'encontre de journalistes et reporters s'élève à 39 pour les 8 premiers mois de 2008. Ces chiffres ont été communiqués à Tanjug par UNS, l'Association des Journalistes de Serbie.

mardi 25 novembre 2008

Carla Del Ponte en serbe, Gospođa tužiteljka

La publication du dernier livre de Carla Del Ponte est annoncée chez l'éditeur serbe Profil Knjiga sous le titre "Madame la Procureur, Confrontations avec les pires criminels de l'humanité et la culture de l'impunité". La version anglaise sera dans les bacs des libraires en janvier 2009 (l'éditeur n'est pas encore connu).
Commande en serbe possible ici. Sources: Amazon.fr, bookbridge.sr, Focus.

mardi 18 novembre 2008

La Serbie attaque la Croatie devant la CIJ pour l'opération Tempête: 250.000 Serbes exilés/expulsés de Croatie en 1995

La Serbie, relate B92, introduira une action pour crimes de guerre et nettoyage ethnique durant l'opération Tempête (Oluja en Croate).
Cette action judiciaire est menée en réaction à une plainte pour génocide formulée en 1999 par la Croatie, et dont la Cour Internationale de Justice a accepté de se saisir dans un arrêt rendu aujourd'hui.
Selon le ministre Vuk Jeremić: "La Croatie n'a pas répondu de la meilleure façon à la main de la réconciliation que la Serbie lui a plusieurs fois tendue, avec un désir de se défaire du passé et de regarder vers notre futur commun en Europe. Maintenant, une plainte en justice sera lancée, afin que la vérité soit faite". L'opération Tempête a consisté en un nettoyage ethnique chassant 250.000 Serbes des territoires de la Croatie, à ses yeux.
La Serbie dit souhaiter de bonnes relations avec la Serbie mais exiger aussi que la vérité soit rendue publique sur les crimes de l'armée croate durant l'opération Tempête. Le ministre a déclaré que la Serbie allait envisager les faits et l'histoire des faits durant le XXe siècle, incluant explicitement la seconde guerre mondiale. Il se peut qu'il y ait ici une allusion à l'État indépendant croate Oustachi de sinistre mémoire.
Tibor Varadi, le juriste qui représente la Serbie devant la CIJ, considère que l'incrimination choisie par la Serbie dans sa plainte doit être celle de génocide.

Toujours dans le registre des plaintes pour génocide, la Serbie a lancé des mandats d'arrêt internationaux à l'encontre de Hashim Thaci (Premier ministre du Kosovo) et ses prédécesseurs Ramush Haradinaj et Agim Ceku.

Par ailleurs on signalera l'arrestation de Radoje Lalović et Soniboj Škiljević en Bosnie, soupçonnés de crimes contre l'humanité dans la prison de Kula près de Sarajevo entre 1992 et 1995.

Signalons, pour finir, que, il y a 17 ans, tombait la ville de Vukovar.

Sources: B92, GlasSrbije, AFP, Orlovi. Photo: Krajinaforce. Lire mon précédent article: La CIJ compétente pour juger la plainte de la Croatie pour génocide.

La CIJ compétente pour juger la plainte de la Croatie pour génocide

La Cour Internationale de Justice (CIJ) avait enregistré en 1999 une plainte de la Croatie contre la Serbie: la Croatie dénonce l'existence d'un génocide sur son territoire au début des années 1990. Rappelons que jusqu'en 1995 des conflits violents avaient accompagné le processus d'indépendance de l'actuelle République de Croatie. La Serbie avait contesté le contenu de cette plainte sur le fond mais avait mis en avant un motif plus formel: selon elle la République Fédérale de Yougoslavie, à l'époque des faits, n'était pas membre des Nations Unies ni signataire de la Convention pour la prévention des génocides. Les juges ont estimé que cet argument de forme n'était pas valable.
Il y a quelques jours, le représentant de la Serbie avait fait savoir qu'il envisagera une contre-plainte si jamais la CIJ se déclarait compétente. La Serbie, si le gouvernement en prend la décision, invoquera l'existence d'un génocide commis par la Croatie sur les Serbes de Croatie.
L'arrêt de la CIJ est de droit définitif et sans recours possible.

Selon un communiqué de la CIJ: "La Cour internationale de Justice (CIJ), organe judiciaire principal des Nations Unies, a rendu aujourd’hui son arrêt sur les exceptions préliminaires soulevées par la Serbie à la compétence de la Cour et à la recevabilité de la requête de la Croatie en l’affaire relative à l’Application de la convention pour la prévention et la répression du crime de génocide (Croatie c. Serbie). Dans son arrêt, qui est définitif, sans recours et obligatoire pour les Parties, la Cour, «1) Par dix voix contre sept, Rejette la première exception préliminaire soulevée par la République de Serbie, en ce qu’elle a trait à sa capacité de participer à l’instance introduite par la requête de la République de Croatie ; 2) Par douze voix contre cinq, Rejette la première exception préliminaire soulevée par la République de Serbie, en ce qu’elle a trait à la compétence ratione materiae de la Cour, en vertu de l’article IX de la convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, pour connaître de la requête de la République de Croatie ; 3) Par dix voix contre sept, Dit que, sous réserve du point 4 du présent dispositif, la Cour a compétence pour connaître de la requête de la République de Croatie ; 4) Par onze voix contre six, Dit que la deuxième exception préliminaire soulevée par la République de Serbie n’a pas, dans les circonstances de l’espèce, un caractère exclusivement préliminaire ; 5) Par douze voix contre cinq, Rejette la troisième exception préliminaire soulevée par la République de Serbie."

dimanche 16 novembre 2008

Liberté d'expression: Yucom conteste l'offense pour motif religieux dans l'affaire Petakov

Voici un article repris du site Croatie diverse de ce 15 novembre 2008.

Petakov sanctionné à cause de l'évêque Irinej - Yukom porte plainte devant Strasbourg


Belgrade - Le Comité des juristes yougoslaves pour les droits humains (Yucom) a annoncé aujourd'hui qu'il portera plainte devant la Cour européenne des droits de l'homme contre l'État de Serbie en tant que responsable pour la manière de procéder des tribunaux, à l'occasion du jugement par lequel un militant de l'Action antifasciste de Novi Sad, Zoran Petakov, a été proclamé coupable pour avoir offensé l'évêque Irinej de Backa.
Le tribunal d'arrondissement à Belgrade a récemment confirmé le jugement du quatrième tribunal d'instance par lequel Petakov avait été condamné en mars de cette année à verser une amende de 100.000 dinars pour avoir offensé l'évêque Irinej de Backa.
Dans le communiqué de Yucom, il est dit que par ce jugement Petakov est devenu une "victime officielle de la nouvelle cléricalisation de l'État de la part de tribunaux irresponsables qui ont effacé la frontière entre le religieux et le séculier, entre l'État et l'Église, et entre l'opinion critique et le dogme".
Yucom estime qu'en confirmant un tel jugement, aussi bien le tribunal de première instance que le tribunal d'arrondissement ont violé la législation nationale, de même que les standards de la Cour européenne des droits de l'homme, et le comité annonce en même temps qu'il déposera une plainte devant cette cour à Strasbourg.
En novembre de l'année 2005, l'évêque avait accusé Petakov, un militant de l'organisation Action antifasciste de Novi Sad, en raison de déclarations faites dans l'émission "Klopka" à la BK Televizija, dans lesquelles Petakov avait qualifié les évêques de l'Église orthodoxe serbe, Artemije, Amfilohije, Anastasije et Irinej, de "Quatre cavaliers de l'apocalypse". Par la même occasion, Petakov avait déclaré que l'Église orthodoxe serbe soutient certains groupes extrémistes en Serbie.
Dans les motifs du tribunal de première instance que, selon Yukom, le tribunal d'arrondissement a confirmé sans les motiver, il est énoncé que "l'Évêque Irinej (est) une personnalité irréprochable et que l'offense à son égard représente une offense envers tous les croyants chrétiens".

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NB: J'ai apporté une modification dans l'article qui écrivait Jukom et non Yucom (orthographe adoptée par l'ONG sur son site).
On relèvera ici l'apparition récente sur le plan juridique d'une nouvelle question religieuse, celle du droit au libre examen et à la libre critique des institutions et des représentants des clergés. Zoran Petakov avait contribué à une brochure éditée par Afans (Comité Antifasciste de Novi Sad) et intitulé Critique de la Cléricalisation de la Serbie (CCS).

Le Courrier des Balkans fête ses 10 ans

Le Courrier des Balkans, mine d'informations pointues sur les Balkans en général et la Serbie en particulier, fête son dixième anniversaire. On y trouve beaucoup d'articles issus de la presse locale, des interviews, etc. Parmi les récents articles publiés par ce site, à signaler l'interview de Ivan Čolović : les Balkans, «terreur de la culture». Dans cette interview, l'auteur donne son point de vue sur le nationalisme qui imprègne le corps de la pensée d'une frange de l'intelligentsia serbe. Extrait:
Courrier de Serbie: Dans (votre) dernier ouvrage, « Nouvelles de la culture », vous présentez une brochette d’écrivains serbes qui jouissent du support des institutions : Djoko Stoicić, Ljiljana Habjanović Djurović, Matija Becković, Momo Kapor ou Dragan Mraović… Qui sont ces écrivains (ces « moralistes », pour certains d’entre eux) ? Comment expliquer leur succès ? Pourquoi tant d’ironie à leur égard ?

Ivan Čolovic :
Il s’agit d’auteurs de livres ou d’articles que j’ai choisis un peu par hasard comme objet de mes « études ». Leur point commun, c’est leur nationalisme, explicite et extrême, ou discret et plus soft. Leur succès s’explique par le fait que le nationalisme de l’élite culturelle serbe n’a été que rarement et marginalement mis en rapport avec les désastres des guerres 1991-1999. L’élite nationale, gardienne de l’identité nationale menacée de l’intérieur et de l’extérieur, a pour fonction principale de légitimer la création artistique et littéraire. Pour s’imposer et participer au pouvoir symbolique, il faut de temps en temps sortir cette légitimation. L’ironie est un moyen de ne pas partager le consensus idéologique, et d’encourager les autres à voir les choses d’un point de vue différent de celui du discours idéologique dominant.

Bon anniversaire en tout cas au Courrier des Balkans - Courrier de la Serbie.

samedi 15 novembre 2008

Impressions de Serbie (Amila Bosnae)

Une jeune femme d'origine bosniaque et résidant au Danemark, Amila Jašarević (27 ans), a rédigé un bref article sur ses impressions lors d'un séjour à Belgrade. Voici la traduction en français d'un extrait de son article. L'original en anglais est disponible sur son blog Amila Bosnae.

Il m'a fallu plusieurs mois pour me décider à ce voyage. Je n'avais jamais été en Serbie encore, ni même dans l'aire Yougoslave. Très franchement j'étais effrayée de ce qui aurait pu m'arriver en tant que Bosniaque (sans compter que je me rendais à une conférence antiraciste et antifasciste!). Comme enfant de la guerre de Bosnie & Herzégovine, j'ai une histoire importante avec la Serbie et ce qui a été fait en son nom, aussi bien par ceux qui avaient l'autorité d'agir que par ceux qui ne l'avaient pas. Et même si la guerre est finie, la situation politique du pays m'avait semblé vraiment très effrayante. Ma famille aussi était inquiète. Mais j'ai considéré qu'il était nécessaire d'y aller. Sans vraiment savoir savoir ce que je recherchais mais espérant trouver le meilleur.

Une semaine plus tôt, j'avais rencontré M. Scheske de l'UNHCR (ndt: le représentant du Commissariat pour les réfugiés de l'ONU) à Strasbourg, il était très optimiste sur mon voyage en Serbie et m'avait demandé de lui écrire sur les suites. Le problème est que ce n'était pas aussi fantastique qu'il le pensait - tout au moins pas comme il le pensait. La conférence était instructive, j'ai rencontré des gens formidables, j'ai acheté de jolies bottes, le temps était excellent et les gâteaux étaient comme dans un rêve, mais jusqu'au dernier jour tout était effrayant comme au premier jour.

Bien que nos hôtes des différentes ONG serbes avaient fait tout ce qui était en leur pouvoir pour nous rendre le séjour agréable, il n'y avait rien qu'ils puissent faire contre les graffitis radicaux et les affiches présentes dans tout Belgrade. Ni contre les manifestations nationalistes quotidiennes de soutien à Radovan Karadžić. Ni le simple fait que j'étais toujours consciente que j'étais une Bosniaque en Serbie. Il y a eu aussi quelques remarques stupides, même au cours de la conférence. Et chaque fois que je voyais une personne d'un certain âge je me demandais: "où étiez-vous durant les années 90? que faisiez-vous?".

Pour ceux habitent en Serbie depuis des années, la situation actuelle est probablement bien meilleure qu'il y a dix ou même cinq ans. Peut-être n'ont-ils pas même pas relevé les graffitis comme je l'ai fait car ils en avaient déjà probablement vu bien plus avant. Moi, de mon côté, je n'ai pas le passé pour comparer. Je ne pourrais dire que les choses sont formidables maintenant et que "vous auriez simplement du voir comment c'était avant". Je sais qu'il y avait bien plus de personnes aux manifestations radicales auparavant, et si c'est encourageant que le nombre soit en diminution, même 20 personnes c'est encore trop à mes yeux.

Je voudrais lire les choses sur les murs et les reconnaître de ceux de la guerre dans mon pays. Les mêmes slogans qui ont fait de moi une réfugiée. L'année 1389 était taggée partout, dans certaines rues vous pouviez voir une affiche incroyable d'avis de recherche du ministre néerlandais des Affaires étrangères des Pays-Bas, et sur la place principale on trouvait des stencils sur Radovan Karadzic. Il n'y avait aucun moyen pour que je puisse me sentir à l'aise parmi tout ça, pas même entourée de visages d'amis.

Pourtant cela a vraiment été agréable de rencontrer des militants locaux comme par exemple les Femmes en Noir de Belgrade, qui ont commencé leur action avant 1991. Dans leurs bureaux foisonnent les livres sur l'antimilitarisme, les droits de l'Homme et la guerre en ex-Yougoslavie (elles m'en ont offert une énorme pile) et des photos touchantes des actions de rue à Belgrade et ailleurs. Des banderoles disant "Peuple de Sarajevo, tu n'es pas seul" et "Femmes en Noir contre la guerre". Le 9 novembre elles ont invité les participants de la conférence UNITED à commémorer la Nuit de Cristal en leur compagnie dans la principale rue piétonnière (Knez Mihajlova), et tout à trac je me suis retrouvée en plein milieu de Belgrade arborant un drapeau de paix, entourée de personnes avec des signes antifascistes. C'était surréaliste. Tout comme l'étaient les caméras de télévision pointées sur nous.

Durant l'action de rue, j'ai entendu un homme qui demandait à quelques manifestants le pourquoi de leurs signes. "Ça veut dire quoi que vous êtes contre le fascisme? Il n'y a pas de fascisme ici, de quoi vous parlez? Ça a fini avec la seconde guerre mondiale!" Il est difficile de combattre un problème quand les gens ne se sentent pas concernés. Mais être là avec un groupe des Femmes en noir et des participants de la conférence UNITED issus de toute l'Europe, quelqu'un d'aussi improbable que moi, une réfugiée bosniaque en plein de milieu de Belgrade, pouvait se dire qu'il y a toujours de l'espoir pour cette cause.

vendredi 14 novembre 2008

Affaire Croatie contre Serbie: arrêt le 18 novembre 2008

Une action intentée par la Croatie devant la Cour Internationale de Justice (CIJ) en 1999 donnera lieu à des développements. La Croatie demande à la Cour de reconnaître l'existence d'un "génocide" sur son territoire, au début des années 90. Le 18 novembre la CIJ devrait rendre à La Haye un arrêt et dire si elle est compétente pour traiter cette plainte. Sources: B92, Cour Internationale de Justice.

Condamnation pour racisme dans un cadre sportif (match de football)

Selon Le Monde/AFP: "Vingt-six supporteurs de football ont été condamnés, dont trois à six mois de prison ferme, pour comportement raciste contre un joueur d'origine africaine lors d'un match de première division serbe en octobre 2006, a rapporté vendredi l'agence serbe Tanjug. Trois supporteurs du club Borac Cacak ont été condamnés à six mois de prison ferme et vingt-trois autres ont écopé de deux ans de mise à l'épreuve "pour avoir suscité la haine nationale, raciale et religieuse" contre un joueur de leur club, le Zimbabwéen Mike Temwanjera. Le match entre Borac Cacak et Vozdovac Belgrade (photo), joué le 14 octobre 2006, avait été interrompu lorsque ce groupe de supporteurs portant des cagoules blanches et des inscriptions du Ku Klux Klan avait insulté Temwanjera. Le groupe portait un banderole avec l'inscription: "Va-t-en, car personne ne t'aime ici". Source: Le Monde.
Le 22 octobre, 4 personnes avaient déjà été condamnées à Cacak pour l'agression de Solomon Opoku, joueur de football. Les condamnés sont: Darko Obrenović, Milan Milosavljević, Nikola Cvetković et Mladen Ikonić. L'agression avait eu lieu au sortir d'un match de football. Un autre homme, Dragan Dragović, a été condamné à 6 mois pour avoir menacé par téléphone un des témoins. Source: B92.

Kosovo: dossier toujours ouvert

J'ai pris l'habitude de ne plus évoquer la situation du Kosovo en raison des nombreuses informations qui passent dans la presse francophone et en raison d'une actualité tellement riche que le travail serait trop lourd. Il me semble devoir rompre ce silence aujourd'hui pour signaler que, selon La Libre Belgique, "Une explosion s'est produite vendredi soir dans la cour du Bureau civil international (BCI) à Pristina, géré par le représentant spécial de l'UE au Kosovo, Pieter Feith, sans faire de victimes, a annoncé la police kosovare". Cette explosion semblait viser l'Eulex, c'est-à-dire, pour faire court, une force de police mise en place par l'Union européenne. Les parties serbes et albanaises ne sont pas d'accord sur les modalités de mise en oeuvre de l'Eulex.

Un homme meurt après une agression

Miodrag Petrovic est décédé le 12 novembre des suites de ses blessures à Bor en Serbie.
Il aurait été attaqué par trois personnes inconnues de lui alors qu'il était sur le chemin domicile-travail, selon sa veuve qui a recueilli ses deniers mots.
Battu notamment à la tête, il a bénéficié de soins mais est décédé assez rapidement.
Crime crapuleux, règlement de compte, fait divers?
Espérons que la police sera efficace et fera toute la lumière sur une violence inacceptable.
Sources: B92, Blic.

mardi 11 novembre 2008

10e anniversaire de Otpor

B92 rappelle qu'il y a 10 ans naissait Otpor ("Résistance"), à l'origine mouvement étudiant créé par une dizaine de jeunes hommes et femmes, qui deviendra un véritable mouvement de fond de la société serbe, non-violent, pacifique et déterminé. Le symbole d'Otpor était le poing que l'on a vu apparaître sur de nombreux graffitis, les militants les plus téméraires l'arborant sur un tee-shirt. Otpor a contribué au renversement de Slobodan Milosevic et était vu par le régime comme un groupe "d'agents de l’étranger et traîtres à la patrie". En 2003 Otpor a participé en tant que parti aux élections mais le résultat a été décevant et le parti n'a pas percé. D'anciens membres ont poursuivi une carrière politique, la plupart au Parti Démocratique (DS): Nenad Konstantinović, Ivan Andrić et Srđan Milivojević, relève B92, sont des parlementaires. Slobodan Homen est Secrétaire d'Etat, Milja Jovanović, Branko Ilić and Vlada Pavlov se sont retirés du domaine public et Ivan Marović réside désomrais aux USA. Source: B92.
Liens: Les jeunes d’Otpor emportent Milosevic (Unesco, 2001), RÉPUBLIQUE FÉDÉRALE DE YOUGOSLAVIE OTPOR (RÉSISTANCE) : étudiants et universitaires (rapport Amnesty International 2000 pdf), OTPOR! - RESISTANCE ! (Regard sur l'Est, 2000).

Suites de l'affaire "Kovac contre TPIY"

Stéphanie Maupas, journaliste au Monde, revient sur l'action intentée par Maître Jurasinovic au nom d'une famille bosniaque établie en France et évoque des incidents de procédure. Lien: Le TPIY mis en cause par des Bosniaques réfugiés en France (Le Monde 11/11/2008). Le lecteur peut aussi se reporter à l'interview de Me Jurasinovic sur ce blog en avril 2008: «Mes clients attendent de la justice française qu'elle leur donne ce que le TPIY s'est définitivement montré incapable de leur donner: la Justice».

L'arrestation de Ratko Mladic pour bientôt?

Ce lundi 10 novembre a eu lieu une descente des autorités dans une usine de Valjevo, lieu possible de l'hébergement de Ratko Mladic. Dès la mi-journée avaient été diffusées des images prises par vidéo, sur B92 TV et sur internet. Il faut relever que ces dernières semaines, chaque jour a vu un officiel regretter que Ratko Mladic n'ait pas encore été interpellé. De nombreuses personnalités regrettent que l'entrée de la Serbie dans un processus d'adhésion à l'UE soit bloquée à cause d'un ancien criminel de guerre. "Il est temps d'en finir avec Mladic" titrait il y a quelques jours le journal Blic, citant un ministre du gouvernement.
Lien: La police serbe traque Ratko Mladić autour de Valjevo (Courrier des Balkans). Photo: ugradu.info/ValjevoOnline.

vendredi 7 novembre 2008

Condamnation judiciaire d'un texte haineux paru dans 'Glas Javnosti'

Un texte paru dans le journal Glas Javnosti a donné lieu à une condamnation judiciaire, hier jeudi, par un tribunal belgradois. L'article incriminé (photo), paru en mars 2006, était signé d'un groupe de "Serbes persécutés" dénonçant la chaine croate de magasins IDEA, appelant au boycott de "ceux qui nous ont tué et nous ont chassé de nos maison", "halte à l'occupation de la Serbie par les Croates!". Il s'agirait d'une première judiciaire. Sources: B92, Vijesti.net (photo).

mercredi 5 novembre 2008

Le Comité contre la Torture se penche sur la Serbie

Le Comité Contre la Torture, instance des Nations Unies, se penche durant ce mois de novembre sur la Serbie (et le Monténégro). Y est analysé un rapport émanant du gouvernement et datant de février 2007. Plusieurs autres documents sont pris en compte également. Le tout peut être consulté sur le site du Comité qui donne aussi l'ordre du jour des points qui seront examinés (document pdf en français).
Extraits: Indiquer le nombre d’actions en justice engagées pour des infractions liées à la traite de femmes et d’enfants et le nombre de condamnations prononcées. Préciser à ce propos s’il
est arrivé qu’un agent de l’État se rende complice de traite et, dans l’affirmative, si enquête
a été menée et des sanctions prononcées.
Donner des renseignements sur les mesures législatives et autres prises par l’État partie
pour assurer la protection des groupes minoritaires, en particulier des Roms, contre les
traitements cruels, inhumains ou dégradants.
Préciser si la pratique des châtiments corporels a été officiellement abolie dans toutes les
situations (au foyer et dans la famille, à l’école et dans les établissements éducatifs, dans
les foyers pour enfants et les établissements de prise en charge judiciaire, pour faire régner
la discipline comme à titre de punition).

34 organisations de défense de droits de l'Homme devant le procès de F. Hartmann

Voici le texte d'un communiqué que j'ai reçu du Humanitarian Law Center ce mercredi 5 novembre 2008. Ce communiqué met en cause le procès mené contre F. Hartmann (les documents dont on lui reproche la publication étaient à l'époque discutés ouvertement par des ONG locales), et surtout y est mise en cause la décision par la Cour Internationale de Justice de ne pas exiger copie de certaines minutes (les compte-rendus) du Conseil Suprême de Défense qui ont été en possession du TPIY (lequel les a gardées secrètes). Pour certains, ces minutes pourraient receler la preuve d'une implication de la Serbie dans la mise en oeuvre du génocide de Srebrenica en 1995. La rédaction de ce texte commun par 35 ONG explique sans doute le caractère "laborieux" du texte, j'en donne malgré tout la traduction.

A propos du procès intenté contre la journaliste Florence Hartmann devant le Tribunal de La Haye pour allégation de publication de décisions confidentielles de la Chambre d'appel dans le dossier Slobodan Milosevic, des organisations de défense des droits humains des États issus de l'ex-Yougoslavie souhaitent attirer l'attention sur le fait que le contenu de ces décisions a fait l'objet de plusieurs articles de presse et de débats publics après que la Cour Internationale de Justice ait rendu son jugement en février 2007 dans l'affaire Bosnie Herzégovine contre Serbie de charge de génocide et il n'est pas évident de savoir pourquoi Mme F. Hartmann est la seule à faire l'objet de poursuites devant les juges de La Haye.

A cette époque, les organisations de droits humains de toute la région de l'ex-Yougoslavie débattaient ouvertement sur les raisons pour lesquelles le Tribunal de La Haye n'a pas accordé les minutes du Suprême Conseil de Défense de la République Fédérale de Yougoslavie à la Cour Internationale de Justice et pourquoi la Cour Internationale de Justice n'a pas demandé ces documents à la Serbie dans la procédure de jugement de l'affaire BiH contre Serbie. Les organisations de défense des droits de l'Homme ont intensivement critiqué les décisions du tribunal de La Haye d'accepter la requête soumise par la Serbie de dissimuler des parties des minutes du Suprême Conseil de la Défense ainsi que la décision de la Cour Internationale de Justice de ne pas demander les minutes en question de la Serbie, expliquant qu'elle disposait déjà de suffisamment d'éléments pour prendre une décision. Les organisations de défense des droits humains de Serbie ont demandé que le gouvernement serbe révèle les minutes du Suprême Conseil de Défense pour annuler les doutes sur une dissimulation de la preuve de la responsabilité de l'État dans le génocide de Bosnie. Il existe une suspicion sérieuse que le Tribunal de La Haye, par sa décision de mesures de protection appliquées aux minutes du Suprême Conseil de Défense, ainsi que la CIJ, par son indifférence dans la collecte d'éléments importants, ont protégé la Serbie d'une potentielle responsabilité de participation au génocide commis à Srebrenica.

Les organisations de défense des droits humains de la région de l'ex-Yougoslavie appellent la Serbie à renoncer à ces mesures de protection et à supprimer tout doute que les parties cachées des minutes du Suprême Conseil de Défense pourraient masquer des faits sur la responsabilité de la Serbie dans la perpétration du génocide de Srebrenica. Les organisations de défense des droits de l'Homme appellent également le Tribunal de La Haye à faire la lumière sur sa décision d'accepter la requête de la Serbie (de rendre secrets certains documents) et à annuler les doutes que de telles décisions du Tribunal de La Haye soient uniquement confidentielles pour cacher au public le fait que cela protège la Serbie de la responsabilité pour le génocide commis à Srebrenica. A cet égard, le procès de Florence Hartmann devrait être public et accessible pour un monitoring des organisations de défense des droits de l'Homme.

Liste des signataires du communiqué de presse (liste mise à jour) en mi-journée:

Action for Human Rights, Podgorica Advocacy Training Resource Center, Prishtinë/Priština Aleskandar Zeković, independent researcher of human rights abuses in Montenegro Anima – Center for Women and Peace Education, Kotor Association for Peace and Reconciliation, Gjakove/Đakovica Association of Lawyers, Montenegro Association of Women to Women, Sarajevo B.a.B.e. – Women's Human Rights Group, Croatia Bureau for Human Rights, Tuzla Center for Peace, Non-violence and Human Rights, Osijek Censor – Association for the promotion of free media Civic Action Pančevo, Pančevo Civic Committee for Human Rights, Zagreb Documenta, Zagreb Eye of vision, Peje/Peć Helsinki Committee for Human Rights in BiH, Sarajevo Helsinki Committee for Human Rights in Republika Srpska, Bijeljina Helsinki Committee for Human Rights in Serbia, Belgrade Helsinki Assembly of Citizens, Banja Luka Humanitarian Law Center, Belgrade Impunity Watch, Belgrade INTEGRA, Prishtinë/Priština International Forum-Montenegro KODI – Association of lawyers for women’s human rights, Peje/Peć Kosova Rehabilitation Center for Torture Victims, Prishtinë/Priština League of women voters in Montenegro Leskovac Committee for human Rights, Leskovac Montenegrin Women’s lobby Partners Kosova, Prishtinë/Priština Sandzak Committee for the Protection of Human Rights and Freedoms, Novi Pazar Women's Safe House – Podgorica Women in Black, Belgrade Youth Initiative for Human Rights, Belgrade Youth Initiative for Human Rights, Podgorica Youth Initiative for Human Rights, Prishtinë/Priština Youth Initiative for Human Rights, Sarajevo YUKOM - Lawyers Committee for Human Rights, Belgrade

mardi 4 novembre 2008

Une condamnation de R. Karadzic peut-elle relancer le débat sur le rôle de la Serbie dans le génocide de Srebrenica?

Selon B92, un des conseillers du Ministre de l'Intérieur, un certain Toma Fila, aurait déclaré au journal Večernje Novosti que la Serbie doit tout mettre en oeuvre pour établir que R. Karadzic n'a aucune responsabilité dans le génocide de Srebrenica (1995).

"Il a déclaré que si dans les dossiers Karadzic ou du général Momčilo Perišić il y avait confirmation que la Serbie est impliquée dans les événements de Srebrenica, il pourrait y avoir une révision du verdict dans l'affaire devant la Cour Internationale de Justice (CIJ), où la Serbie a été blanchie du génocide en Bosnie". Dans ce qui est reproché à Karadzic, "le rôle de la police serbe est mentionné dans les événements de Srebrenica" selon lui.

Ce conseiller présente R. Mladic comme un ami (précisant qu'il serait "dévasté" en cas d'arrestation à laquelle il ne s'oppose toutefois pas) et qu'il souhaite "le meilleur" à Vojislav Seselj. Cependant attention: l'article précise que M. Fila n'est pas conseiller rémunéré, il reste à voir l'audience qu'il a réellement auprès du Ministre de l'Intérieur, Ivica Dacic.

Photo: une banderole lors d'un match de football en juillet 2008 (?), affichée sur le site du groupe d'extrême droite Stormfront. Sur le verdict de la CIJ évoqué plus haut, lire CIJ : la Serbie n'a pas commis de génocide en Bosnie-Herzégovine, mais n'a rien fait pour l'empêcher (ONU).

lundi 3 novembre 2008

Nouveau rapport de Human Rights Watch

Human Rights Watch publie un rapport en anglais qui porte sur la période qui a immédiatement suivi la proclamation d'indépendance unilatérale du Kosovo.
Le Rapport est intitulé "Otages de la tension: intimidation et harcèlement des Albanais en Serbie après la déclartion d'indépendance du Kosovo".
Le rapport est consultable ici.