La Commission contre le racisme et l'intolérance (ECRI), organe du Conseil de l'Europe, a rendu public un rapport sur la Serbie. Ce rapport pointe du doigt une hostilité contre les minorités ethniques (notamment les Roms, les Hongrois et les Albanais). On relèvera que l'article 1er de la Constitution serbe stipule que la Serbie est l'État des Serbes et de tous les citoyens qui vivent sur son territoire, ce qui entraine de facto une forme de distinction entre les uns et les autres: les citoyens serbes et les autres citoyens. Extrait du rapport:La Serbie a pris un certain nombre de mesures pour lutter contre le racisme et l’intolérance. Elle est partie à la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale ainsi qu’au Protocole n°12 à la Convention européenne des Droits de l’Homme, qui contient une clause générale de non-discrimination. En 2006, la Serbie a adopté une nouvelle Constitution, qui consacre les principes de la non-discrimination et de la protection des droits des minorités et prévoit la promotion par l’Etat de la compréhension, la reconnaissance et le respect de la diversité ethnique, culturelle, linguistique et religieuse. La Serbie a également adopté, en 2006, un nouveau code pénal qui interdit les crimes racistes et la discrimination raciale. Elle a pris un certain nombre de mesures pour améliorer la situation des Roms, notamment dans le domaine de l’accès aux soins de santé, qui commencent à porter leurs fruits. En 2004, un Ombudsman a été nommé dans la province autonome de Vojvodine, et celui-ci est doté d’un adjoint qui a pour tâche de s’occuper de la situation des minorités nationales ou ethniques dans la région. En juin 2007, un Ombudsman national (Protecteur des citoyens) a été élu et pris officiellement ses fonctions le mois suivant. L’Assemblée nationale a adopté, le 24 novembre 2007, la loi sur l’asile et celle-ci entrera en vigueur le 1er avril 2008.
Cependant, certaines mesures restent encore à prendre. Ainsi, bien qu’un projet de loi sur la discrimination ait été élaboré, la Serbie n’a pas encore adopté de dispositions exhaustives contre la discrimination raciale en matière de droit civil et administratif. La loi sur les églises et les communautés religieuses et son application ne permettent pas à toutes les communautés religieuses vivant en Serbie de jouir pleinement de leur droit de pensée, de conscience et de religion inscrit à l’article 9 de la Convention européenne des Droits de l’Homme. Le code pénal demeure encore trop souvent inappliqué aux personnes qui commettent des actes racistes à l’encontre des minorités nationales ou ethniques ou religieuses, ou des crimes antisémites. La situation des Roms, Ashkalis et Egyptiens déplacés à l’intérieur du pays demeure précaire et des mesures doivent encore être prises pour, entre autres, leur fournir les documents d’identité nécessaires à la jouissance de leurs droits, tels que celui au logement, à l’éducation et à l’emploi. Les mesures prises par les autorités pour améliorer la situation des Roms en général dans plusieurs domaines (accès aux soins de santé, logement, éducation, emploi) doivent bénéficier de davantage de ressources humaines et financières. Des mesures à long terme sont nécessaires pour établir un climat de respect mutuel entre les différents groupes ethniques et religieux, en particulier ceux vivant dans la province autonome de Vojvodine.
Dans le présent rapport, l’ECRI recommande aux autorités serbes de modifier la loi sur les églises et les minorités religieuses afin d’en améliorer la conformité avec les normes internationales et européennes en la matière. Elle leur recommande également de veiller à ce que les auteurs d’actes racistes soient traduits en justice et d’assurer au corps judiciaire une formation initiale et continue à la législation en la matière. L’ECRI recommande aux autorités serbes de fournir au Bureau des droits de l’homme et des minorités ainsi qu’au Protecteur des citoyens (Ombudsman) les moyens humains et financiers nécessaires pour mener à bien leurs tâches. Concernant l’antisémitisme, l’ECRI recommande aux autorités serbes de lutter contre ce phénomène dans toutes ses expressions. Elle leur recommande également d’adopter un cadre juridique permettant la collecte de données ethniques, dans le respect des standards internationaux et européens dans ce domaine, afin, entre autres, de pouvoir mesurer l’efficacité de certaines mesures prises pour résoudre les problèmes auxquels sont confrontés les Roms. L’ECRI appelle les autorités à prendre des mesures pour appréhender et punir les auteurs d’actes racistes et ceux commis à l’encontre des minorités religieuses dans la province autonome de Vojvodine et de mener des campagnes pour promouvoir la tolérance dans cette région.
Liens: Constitution serbe (en anglais), Rapport de l'ECRI (en français). Photo: Esma Redzepova, la "Reine des Gitans", chanteuse Rom très célèbre. Photo issue de la campagne Dosta du conseil de l'Europe. Lire Les minorités restent discriminées en Serbie, indique le Conseil de l'Europe (7sur7.be).









