dimanche 23 mars 2008

Joyeuses Pâques

Ce blog ne sera pas mis à jour durant les congés de Pâques. Bon congé à tous et toutes.

Arrestation de Milorad Pejic à Belgrade

Le Procureur pour les crimes ade guerre a annoncé l'arrestation de Milorad Pejic ce 19 mars à l'aéroport de Belgrade. "Pejic est suspecté d'avoir participé à l'exécution de plus de 200 prisonniers de guerre croates dans le hameau d'Ovcara en novembre 1991", rapporte Belga. Il détient la citoyenneté britannique et est natif de Vukovar.

samedi 22 mars 2008

Sonja Biserko agressée à Strpce

La Présidente du Comité Helsinki pour les Droits de l'Homme, Sonja Biserko (mail), a été agressée ce vendredi à Strpce, une enclave serbe au Kosovo. Des pierres et des oeufs lui ont été lancés. Elle s'y trouvait, selon B92, en compagnie de Borka Pavicević (Centre pour la décontamination culturelle), Obrad Savić (Cercle de Belgrade) et Vera Marković (Union social-démocrate). Leur motivation: plaider pour un dialogue entre les communautés. Source: B92.

Nouvelles en bref

Le juge Dragiša Cvejić décède à Knjaževac après l‘explosion d‘une bombe tôt ce matin alors qu'il quittait don domicile. On n'en sait pas plus. Il laisse derrière lui une veuve et un orphelin. B92 souligne qu'il y a 9 mois un autre juge, Zoran Cvetanović, était assassiné par balle.

Une accusation de meurtre et de vente d'organes est formulée contre les combattants de l'Armée de Libération du Kosovo. En 1999 ils auraient abattu plusieurs centaines de Serbes et auraient vendu les organes de quelques dizaines de personnes. Selon le Procureur il y aurait des charniers (non répertoriés) de cadavres en Albanie. Selon B92 le livre à paraître de Carla Del Ponte viendrait étayer cette thèse.

Un militant du LDP a été agressé par un groupe d’hommes alors qu'il collait des affiches à Novi Sad. Les affiches souhaitaient de Joyeuses Pâques à la population. Une enquête est en cours.

Selon Glas Srbije, la Serbie aurait apporté son soutien à la Chine à propos de la question du Tibet qui est, selon la Serbie, une question interne.

Sources: B92, Reuters, Glassrbije.org, Tanjug, Cruiser News.

jeudi 20 mars 2008

Condamnation de l'appel au boycott à Sombor (Voïvodine)

Boris Tadic, selon Tanjug, s'est élevé contre les prospectus diffusés à Sombor (Voïvodine) et qui appellent au boycott des boulangeries tenues par des personnes d'origine albanaise ou gorani. Texte du prospectus: "Allons-nous vraiment acheter dans "leurs" boulangeries après tout ce qui est arrivé? Boycott!". Selon B92, depuis l'indépendance du Kosovo les magasins tenus par des Albanais ont déjà vu fortement baisser leur chiffre d'affaires. Le président de la municipalité de Sombor, Jovan Slavkovic (photo), s'est opposé vivement à ce boycott, évoquant un "faux-patriotisme" qui masque un sentiment xénophobe. Selon Radio Free Europe, la composition de Sombor est la suivante: 61% de Serbes, 13% de Hongrois, 8 % de Croates. Sources: B92, Tanjug, Radio Free Europe (RFE). (La Municipalité de Sombor a un site: ici.)

mardi 18 mars 2008

Un policier de la MINUK meurt suite aux affrontements d'hier

Hier, à Kosovska Mitrovica, la MINUK avait dû évacuer ses troupes de la zone nord. Les médias relèvent près de 150 blessés. Un policier de la MINUK est décédé ce matin des suites de ses blessures. Un civil de 36 ans, Nebojsa Vukomanovic, est dans le coma et d'autres personnes souffrent encore de blessures importantes et sont hospitalisées.

Ajournement du procès de Jovica Stanisic et Franko Simatovic

Le procès de celui que l'on considérait comme un allié indéfectible de Slobodan Milosevic et son "agent secret le plus puissant de Serbie" (CdB), a été reporté. Les accusations qui pèsent contre lui sont lourdes: crimes de guerre et crimes contre l'humanité. L'inculpé a motivé son absence par des raisons de santé: il souffrirait d'un cancer de l'estomac.

Il est accusé, en compagnie de son coinculpé Franko (Frenki) Simatovic, ancien chef de la Sûreté de l'État (DB), d'avoir dirigé des troupes serbes dans les années 1990, et d'avoir pris part à une "entreprise criminelle commune" sous la direction, selon l'accusation, de Slobodan Milosevic:
"- en participant à la formation, au financement, à l’approvisionnement et au soutien des unités spéciales de la DB de la République de Serbie;
- en dirigeant des fonctionnaires et agents de la DB qui ont participé à la commission des crimes recensés dans le présent acte d’accusation ;
- en fournissant des armes, des fonds, une formation, un soutien logistique et d’autres formes d’assistance ou de soutien appréciables aux unités spéciales de la DB de la République de Serbie qui ont participé à la commission de crimes en Croatie et en BiH entre le 1er août 1991 et le 31 décembre 1995", selon Trial Watch.

Le procès pourrait apporter des informations décisives sur le rôle de la Serbie mais aussi des pays occidentaux en 1995.

Sources: AFP, B92, Trial Watch, Courrier des Balkans.

lundi 17 mars 2008

Violences au Kosovo: arrestations en nombre - révolte de la population - voitures de la MINUK incendiées - nombreux blessés

Ce lundi à l'aube (5h30) des forces armées de la KFOR et de la MINUK (ONU) ont investi les bâtiments occupés à Kosovska Mitrovica par d'anciens agents judiciaires et juges qui souhaitent retourner en fonction et ce, dans le cadre du système judiciaire serbe, donc sous la tutelle de Belgrade.
500 soldats portant cagoule auraient investi les lieux manu militari. Les hommes ont encerclé le bâtiment et interpellé puis arrêté les personnes qui étaient alentour ou à l‘intérieur.
Il semble que les occupants n'ont opposé aucune résistance et que 53 personnes ont été arrêtées.

C'est alors que la population serbe est venue en renfort des occupants et a bloqué, pacifiquement semble-t-il, les véhicules de la MINUK.
Ensuite les choses deviennent confuses. On sait que de la foule ont été lancées des pierres sur les forces de sécurité de l'ONU et que des gaz lacrymogènes ont été envoyées par l‘ONU. (On ne connaît pas l’enchaînement logique des faits.)
2 véhicules de l'ONU ont été brûlés et peut-être d‘autres véhicules.
Il semble que 20 personnes aient été libérées par la population, selon Beta.
Trois Serbes seraient blessés dont un serait dans un état critique mais B92 parle de 30 blessés dont 3 graves. On entendrait des sirènes dans les rues et il y aurait des explosions (cocktails molotov, grenades).
Selon la BBC 3 soldats de l’ONU et 2 de l’OTAN seraient blessés. La MINUK aurait évacué ses hommes du nord de Mitrovica.

Sources: communiqué MINUK (pdf), B92, Tanjug et la presse internationale.

samedi 15 mars 2008

Occupation d'un tribunal de l'ONU à Kosovska Mitrovica

Depuis 48 heures du personnel et des juges serbes occupent un tribunal de l'ONU: ils souhaitent rester en fonction, et rester en fonction sous la tutelle de l'État serbe.
Plusieurs craintes d'assaut par les forces de l'ordre de la MINUK ont été exprimées.
Une réunion serait prévue ce lundi entre le Ministre serbe pour le Kosovo, Slobodan Samardzic (DSS, photo) et Joachim Ruecker (chef de la MINUK) et il est possible que tout soit gelé d'ici là.
La Slovénie aurait accusé les activistes d'être téléguidés par Belgrade.
Anecdote: un soldat ukrainien de la MINUK aurait arboré hier vendredi sur son véhicule un drapeau serbe et sera suspendu par ses autorités.
Sources: B92, Le Monde, Glassrbije, MINUK.

jeudi 13 mars 2008

5e anniversaire de la mort de Z. Djindjic

Il y a cinq ans a eu lieu l'assassinat de Z. Djindjic et plusieurs milliers de personnes ont défilé en son souvenir ce mercredi 12 mars.

Par ailleurs, selon Tanjug, des membres du Forum National ont célébré ce 12 mars le 65e anniversaire de Ratko Mladic au moyen d'affiches dans différents lieux de Belgrade, avec le slogan "Joyeux Anniversaire Général". R. Mladic est recherché par le TPIY.

samedi 8 mars 2008

Chute du gouvernement Kostunica

Le Premier ministre, V. Kostunica, avait déclaré il y a deux jours "ne plus croire que ses partenaires de coalition, le Parti démocratique et le G17 Plus, se battent sincèrement pour préserver le Kosovo" selon Challenges.fr.
La crise qui couvait repose sur les divisions entre les partis politiques au sujet des suites à donner à l'indépendance du Kosovo.
Une conférence de presse s'est tenue en urgence ce samedi au cours de laquelle il a annoncé jeter l'éponge et a appelé de nouvelles élections.
La date des élections pourrait être le 11 mai 2008, date des élections municipales et régionales.
Le parti de V. Kostunica est le DSS (Parti Démocratique Serbe).
Sources: B92, Challenges.fr, AFP et B92. Photo: DSS.

mercredi 5 mars 2008

«L'Etat est responsable de la protection de la liberté d'expression et de la liberté des médias»

Ce 28 février une table ronde "Médias en situations de crise" s’est conclue au Centre des médias sur l'envoi d'une lettre ouverte au Président et au Premier ministre de Serbie. Extraits:

Durant ces derniers jours, les médias et journalistes ont été exposés à une violence physique et verbale. Sept ans et demi après les changements démocratiques en Serbie, les journalistes ont été à nouveau accusés de manque de patriotisme, et même d'acte de trahison, pour avoir fait leur travail et apporté aux citoyens une information objective (...). Les émeutiers ont commis des attaques physiques sur les reporters de B92, Beta, Blic, Studio B, Vecernje Novosti, Fonet, RTS... et des journalistes étrangers. Le fait est que la violence contre les médias a été ouvertement soutenue et incitée par des partis et autorités officielles, alors que presque personne ne s'est publiquement élevé contre. L'atmosphère de lynchage a été créée à nouveau.
(...) il est inacceptable de condamner les journalistes, qui ont été victimes des émeutiers, pour la violence et les pillages durant la manifestation à Belgrade. L'unique responsabilité pour la violence de rue, la destruction des ambassades, le vandalisme et le pillage des banques et magasins repose sur les émeutiers et plus particulièrement les organisateurs de la manifestation, et non les journalistes, dont le travail est d'informer le public de tels événements.
Nous vous demandons de dénoncer publiquement ceux qui recourent à la violence, et d'ordonner aux institutions de l'État de prendre les mesures légales et appropriées pour assurer et protéger la sécurité, les droits et la propriété de tous les citoyens. Nous demandons aussi que les institutions de l'État prennent toutes les mesures afin que soient garanties les conditions du travail sans entrave des journalistes et des médias.

Signataires: Association de journalistes indépendants, Association des journalistes, Association des journalistes de Voïvodina, Anem, 24 sata, Beta, B92, Blic, Danas, Ekonomist, FoNet, Nedeljni telegraf, PG Mreža, Radio 021, Radio-televizija Kragujevac, Republika, VIN, Vreme.

Par ailleurs on apprend que 44 ONG dénoncent dans une lettre ouverte les déclarations du ministre Velimir Ilic sur le Parti LDP qu'il a jugé responsable des violences.

samedi 1 mars 2008

Florence Hartmann: «Pourquoi a-t-on sacrifié la population?»

D. Grcic -- Florence Hartmann vous avez donné une conférence ce 26 février 2008 à Seneffe, dans le cadre de l'extension de l'ULB. Lors de cette conférence un participant a abordé la question d'un éventuel accord secret entre Richard Holbrooke et R. Karadzic et R. Mladic. Quelle est votre position en cette matière, quel est votre sentiment?

Florence Hartmann -- La non-arrestation de Karadzic et de Mladic recherchés depuis 1995 pour génocide et crimes contre l’humanité en Bosnie-Herzégovine n’est pas une fatalité mais le résultat de la défaillance des États. Ceux de la région, notamment de la Serbie qui a protégé pendant de longues années Mladic, réfugié en Serbie depuis 1997 et qui a permis à Karadzic de venir régulièrement sur son territoire. Mais il s’agit aussi de la défaillance à agir des puissances occidentales qui ne se sont pas substituées en Bosnie où elles disposaient de forces internationales, aux forces bosno-serbes de police afin d’arrêter Karadzic lorsqu’il était en Bosnie.

Cette absence de volonté de conduire ces deux personnes recherchées entre autre pour le génocide de Srebrenica en juillet 1995 a conduit à penser qu’il pouvait y avoir un accord secret. Les proches de Karadzic ont systématiquement parlé d’un accord avec les États-Unis et plus précisément avec leur médiateur pendant les négociations de paix, Richard Holbrooke. Celui-ci ainsi que son pays ont toujours démenti. Les proches de Karadzic n’ont jamais apporté de preuves matérielles accréditant leur version. Le seul document qui a circulé comportait en bas de page de fausses signatures de Karadzic et d’Holbrooke. Il s’agissait donc d’un faux. Par ailleurs, si accord il y avait eu, il n’aurait aucune valeur en raison de l’existenc
e de poursuites pénales engagées par le TPIY à son encontre.

Néanmoins, Karadzic et Mladic ne sont pas arrêtés. Il ne s’agit sans doute pas d’un accord formel entre les deux suspects et les grandes puissances mais plutôt d’un accord tacite qui lie et protège les deux parties. Ce qui expliquerait pourquoi il n’a pas été violé. Personnellement, je pense que c’est là que se trouve la clé de l’énigme qui a permis
à Karadzic et à Mladic de rester en liberté. Je ne crois pas un instant à leur capacité de se cacher aussi efficacement. Ils auraient été trahis tôt ou tard même s’ils bénéficient d’un large soutien chez les Serbes y compris de la part d’une partie de la classe politique. Ils détiennent, je pense, des informations dérangeantes et dommageables pour les puissances occidentales et tout particulièrement les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne qui ont joué un rôle prépondérant dans les négociations qui ont conduit à l’accord de Dayton. Or cet accord est intervenu une fois que la partie serbe (Milosevic, Karadzic, Mladic et leurs acolytes) a obtenu un territoire compact et attenant à la Serbie sur les 49% de territoire que la communauté internationale avait accepté de leur concéder en Bosnie-Herzégovine. En mai 1995, lorsque les négociations ont commencé, elles se déroulaient à Belgrade, les forces serbes ne contrôlaient pas les trois enclaves bosniaques de l’est de la Bosnie. Les puissances occidentales ont décidé de ne pas empêcher la chute de Srebrenica lorsque les forces serbes ont entamé une offensive en juillet 1995. Elles ont décidé également de laisser ces forces serbes, réputées pour les crimes qu’elles avaient jusque-là commis, se charger de vider la population de Srebrenica. La carte était déjà ébauchée à l’époque. Les puissances occidentales ont permis qu’elle se reflète sur le terrain comme le réclamaient Milosevic et ses affidés. Elles ont obtenu les accords de paix de Dayton mais cela a coûté la vie à 8000 adolescents et hommes de Srebrenica et la déportation de quelque 40.000 bosniaques. Je crois tout simplement qu’ils sont en liberté parce qu’ils montreraient que les puissances occidentales avaient accepté de sacrifier Srebrenica et Zepa (peut-être aussi Gorazde mais cela ne s’est pas fait en raison des crimes à Srebrenica) sur l’autel de la paix. Les puissances occidentales ne pourraient plus dès lors se soustraire à la question qui taraude l’opinion internationale depuis 13 ans et à laquelle elles ont jusqu’ici refusé systématiquement de répondre : pourquoi n’ont-elles pas protégé les populations des enclaves alors que nul ne pouvait ignorer le sort que leur réservaient Mladic et les siens ? Pourquoi ont-elle non seulement sacrifié le territoire des enclaves mais aussi la population ?

D. Grcic -- Jugez-vous que l'action du TPIY est analysée de façon sereine en Serbie? Le TPIY est-il parvenu à faire prévaloir l'idée d'une justice au-dessus de l'action des États et qui condamne les crimes de guerre?

Florence Hartmann -- Le TPIY a montré que personne n’était au-dessus des lois et a fait la lumière sur les crimes qui avaient été commis en ex-Yougoslavie et a identifié une partie des responsables. Mais en Serbie, l’action du TPIY a été occultée par les élites politique, intellectuelle et morale. Les autorités n’ont pas souhaité servir de relais entre l’action du TPIY et les opinions publiques afin qu’elles prennent conscience des crimes et se libèrent de ce fardeau en acceptant la réalité des crimes. Les autorités ont entretenu le déni, encouragé l’opinion à rejeter la réalité, à vivre dans le mensonge et la distorsion de l’Histoire. Elles ont refusé la justice au lieu de l’accepter et de construire l’avenir. Elles ont préféré glorifier des actes odieux et leurs auteurs. Résultat, la Serbie n’arrive pas à avancer. Je crois sincèrement que la Serbie était capable de tourner la page en acceptant ce qui s’était passé si ses élites l’y avaient aidé. Lorsque Zoran Djindjic a dévoilé le charnier de Batajnica et livré Milosevic à La Haye, la Serbie l’a soutenu. Mais une partie de la classe politique lui a fait obstacle au point de l’éliminer pour empêcher la Serbie de regarder son passé en face et de se réformer. On voit aujourd’hui les résultats. La Serbie est dans une impasse qui ne convient qu’à ses dirigeants, nullement au peuple serbe. Milosevic a entraîné la Serbie du mauvais côté de l’Histoire, ceux qui défendent son héritage maintiennent la Serbie du mauvais côté de l’Histoire.

D. Grcic -- Dans votre livre vous montrez que la justice internationale du TPIY, bien qu'imparfaite, est aussi le résultat de la pugnacité de certains de ses responsables, les États ayant tendance à vouloir donner une primauté à la négociation diplomatique sur le jugement des criminels. Y a-t-il un acquis du TPIY?

Florence Hartmann -- Le TPIY bien qu’imparfait a fait avancer le droit international, il a été le précurseur d’un processus qui a permis de voir naître une instance judiciaire internationale permanente qui un jour garantira aux victimes de par le monde que leurs souffrances et leur sacrifice ne resteront pas impunis. Mais pour que cet idéal de justice se réalise, il faudra attendre que les États se prêtent à l’exercice avec plus de sincérité afin de faire cohabiter les impératifs de la justice et ceux de la politique. Dans le contexte actuel, les États font passer leurs intérêts particuliers avant ceux de la justice et de la protection des personnes. La justice est donc confrontée à de multiples obstacles. Elle a tenté et est parvenue à en surmonter de nombreux grâce effectivement à la pugnacité de certains magistrats. La bataille sera longue mais elle en vaut la peine. Car lorsque la justice dispensée dans des instances internationales ou même nationales sera incontournable, lorsque le politique n’offrira aucune échappatoire à ceux qui décident de recourir à la violence de masse, alors la justice commencera à jouer un rôle dissuasif. Mais pour le moment on en est loin, car le soutien des États à la justice relative aux crimes de guerre n’est pas indéfectible, donc cette justice n’est pas véritablement crédible même si elle fait son travail. Karadzic et Mladic en sont les meilleurs exemples : le TPIY a fait son travail mais la seule étape du processus qui relevait entièrement de la volonté des États, leur arrestation, n’a pas été accomplie.

D. Grcic -- Votre livre a-t-il été traduit en serbe? Quel a été l'accueil du livre en Serbie? Avez-vous d’autres projets d'écriture en rapport avec la Serbie?

Florence Hartmann -- "Paix et Châtiment" (Flammarion 2007) a été traduit en novembre en serbe, en bosnien et en croate. Il a fait la Une des journaux en Croatie et en Bosnie mais en Serbie, il semble avoir dérangé au point que presque personne n’en a parlé. En tout cas pas publiquement. Je sais en revanche qu’on le trouve en librairie à Belgrade et qu’il est lu.
J’ai déjà écrit un livre en 1999 en rapport avec la Serbie et la guerre en ex-Yougoslavie. "Milosevic, la diagonale du fou", était en fait un livre sur la politique criminelle de Slobodan Milosevic, qui lui aussi a été traduit en Serbie, en 2001. Je ne pense pas réécrire un livre sur le sujet pour le moment mais des articles certainement. J’aimerais pouvoir m’occuper d’autre chose mais la crise des années 90 est une histoire sans fin, hélas, pour le moment. Et aujourd’hui où l’on a à Belgrade une partie de la classe politique qui non seulement reprend la rhétorique du début de la crise mais entend achever ce que Milosevic n’a pas terminé, alors il est bien possible que je continue à écrire sur la politique serbe.