L'organisation RSF publie un Rapport sur la liberté de la presse dans 98 pays. La situation de la Serbie est présentée dans le chapitre Balkans, dont voici le contenu (j'ai ôté 1/2 page introductive présentant les pays).
Dans une zone qui peine à se relever des déchirures de la guerre, les divisions politiques et ethniques continuent de peser sur le travail des journalistes. L’indépendance éditoriale et l’esprit critique sont des notions qui ont bien du mal à s’imposer dans la tête des dirigeants. Le spectre de la violence et de la guerre est présent à chaque évocation du futur de la région, et particulièrement de l’avenir de la province indépendantiste serbe du Kosovo.Le passé rattrape sans cesse les médias serbes et croates. En Serbie, en février, Filip Svarm, auteur d’une série de films intitulée “L’unité”, ses producteurs, l’hebdomadaire Vreme et la chaîne de télévision TV B92, ont fait l’objet de poursuites engagées par le président du Parti de l’unité serbe, Borislav Pelevic. L’ancien commandant des troupes de volontaires serbes a porté plainte, avançant que le documentaire constituait une “falsification, aux intentions anti-serbes”. Le film avait déjà été diffusé à plusieurs reprises, mais il venait de recevoir le prestigieux “Prix Jug Grizeli”. Borislav Pelevic a accusé B92 d’avoir été “payée pour mener une politique anti-serbe”, soulevant la question de la nationalité de l’auteur du film et du directeur de la chaîne et qualifiant les témoins y figurant de “payés ou drogués”. Il a même déclaré que si un journaliste serbe avait réalisé un film similaire sur la police spéciale croate en Croatie, il aurait été pendu à Zagreb.
En Croatie, justement, le journaliste Zeljko Peratovic a été arrêté, en octobre, pour “divulgation de secret d’Etat”. Interpellé à son domicile et placé en détention, il avait publié sur son blog (peratovic.net et peratovic.blog.hr) des documents relatifs aux crimes de guerre commis dans le village de Gospic (sud-est de la Croatie), dans les années 90. Il y mettait en cause un des viceprésidents du Parlement et le défunt ministre de la Défense, Gojko Susak et risquait jusqu’à trois ans de prison. Il a été remis en liberté le lendemain sous la pression internationale.
De nouveau en Serbie, en avril, un groupe néo-nazi a menacé de mort, sur son site Internet, le responsable de l’agence de presse Beta pour la Voïvodine, Dinko Gruhonjic. Sa couverture des activités du groupe dans la ville de Novi Sad avait abouti à la condamnation du leader du groupuscule à un an de prison, en novembre 2006. Quelques jours plus tard, un autre journaliste, Dejan Anastasijevic, a été la cible d’anciens paramilitaires.
A Belgrade, le 14 avril, une grenade à main a explosé devant la fenêtre du domicile du journaliste de l’hebdomadaire Vreme. Connu pour ses articles sur les crimes de guerre et les réseaux mafieux, Dejan Anastasijevic avait reçu plusieurs menaces. Le 9 mai, la police a arrêté huit ex-paramilitaires appartenant à une unité spéciale, “Les Scorpions”, impliquée dans le meurtre de civils musulmans à Srebrenica en juillet 1995. Quatre de ses anciens membres avaient été jugés le 10 avril.
Quelques jours avant l’attentat, Dejan Anastasijevic avait, sur l’antenne de la radio B92, jugé “trop légères” les peines de prison auxquelles les ex-paramilitaires avaient été condamnés
Le même mois, B92 était de nouveau prise à partie, cette fois par le Parti radical serbe. Celui-ci l’a accusée de conduite criminelle pour avoir dénoncé les crimes de guerres dans l’ancienne Yougoslavie.
Cette dénonciation publique est venue s’ajouter aux nombreuses pressions contre la station, allant de menaces contre ses journalistes à des tentatives de sabotage de la voiture d’un employé. Les autorités n’ont pas pris les mesures adéquates pour dissuader ses ennemis de s’en prendre à ce média.
Au Kosovo,Vesna Bojicic, journaliste pour le service serbe de Voice of America, a été agressée à son domicile, menacée de voir son fils kidnappé et d’être elle-même tuée, si elle ne cessait pas ses reportages “biaisés en faveur des Albanais”.
RÉSISTANCE
Face à ces crispations politiques, à la difficulté pour les professionnels des médias de faire respecter leur indépendance et à se protéger des violences, les journalistes de Macédoine et de Slovénie ont parfois choisi des réponses collectives.
En Macédoine, les journalistes ont boycotté la conférence de presse du gouvernement, le 27 septembre, pour protester contre les agressions de deux de leurs collègues. Deux jours plus tôt, le reporter de télévision, Lirim Dullovi, avait été frappé par un membre du service de sécurité d’un parti politique de la minorité albanaise pendant une séance parlementaire. Le 26, le cameraman Igor Ljubovcevski, de la chaîne privée Alsat, a été hospitalisé avec deux côtes fracturées. Il avait été passé à tabac par des policiers alors qu’il refusait de leur remettre les images que son équipe venait de tourner. En juin, l’attitude des autorités envers la presse a été mise en cause en Macédoine, lorsque le tribunal de Skopje, la capitale, a condamné l’Etat à indemniser 17 journalistes de différents médias qui avaient été placés sur écoutes, en 2001.
Ce verdict a été le premier de la sorte. Le dernier trimestre a également été le théâtre d’un bras de fer entre les journalistes et le gouvernement de Ljubljana, accusé, quelques semaines avant de prendre la présidence de l’Union européenne (UE), d’exercer des pressions, à des fins de contrôle, sur plusieurs rédactions. Une pétition dénonçant la censure du gouvernement a réuni plus de cinq cents signatures, représentant un cinquième des professionnels des médias du pays. Les dénégations des autorités slovènes n’ont pas satisfait les signataires. Le mouvement se poursuit.
LE TPIY, UNE MENACE POUR L’ACTIVITÉ DES JOURNALISTES ?
Le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) a engagé des poursuites contre des journalistes, créant un précédent inquiétant.
Le 1er juin, le bureau du procureur a ouvert une enquête qui menace de poursuites plusieurs médias croates pour avoir divulgué un document classé confidentiel par le Tribunal. Le document en question était une annexe à l’acte d’accusation dressé par le bureau du procureur contre trois anciens généraux croates accusés de crime de guerre contre des civils serbes pendant le conflit serbo-croate (1991-1995), Ante Gotovina, Ivan Cermak et Mladen Markac. Il contenait notamment les noms de sept hauts responsables croates désignés par le parquet comme ayant fait partie de la même entreprise criminelle que les trois accusés.
Le 28 mai, le contenu de ce document a été révélé par la chaîne de télévision croate HRT, avant que l’information ne soit reprise par d’autres médias locaux, dont Jutarnji list, Vecernji list et l’agence de presse Hina, selon des informations rapportées par l’agence Sense qui couvre en permanence les travaux du TPIY. Le document a par la suite était déclassifié, mais cela n’a pas mis fin aux poursuites. Le 7 novembre 2007, le Tribunal a accusé d’“outrage à la cour” huit journalistes croates. Jusqu’ici, les seules actions engagées par les tribunaux internationaux contre des journalistes avaient concerné la divulgation de l’identité de témoins protégés.