Une jeune femme d'origine bosniaque et résidant au Danemark, Amila Jašarević (27 ans), a rédigé un bref article sur ses impressions lors d'un séjour à Belgrade. Voici la traduction en français d'un extrait de son article. L'original en anglais est disponible sur son blog Amila Bosnae.Il m'a fallu plusieurs mois pour me décider à ce voyage. Je n'avais jamais été en Serbie encore, ni même dans l'aire Yougoslave. Très franchement j'étais effrayée de ce qui aurait pu m'arriver en tant que Bosniaque (sans compter que je me rendais à une conférence antiraciste et antifasciste!). Comme enfant de la guerre de Bosnie & Herzégovine, j'ai une histoire importante avec la Serbie et ce qui a été fait en son nom, aussi bien par ceux qui avaient l'autorité d'agir que par ceux qui ne l'avaient pas. Et même si la guerre est finie, la situation politique du pays m'avait semblé vraiment très effrayante. Ma famille aussi était inquiète. Mais j'ai considéré qu'il était nécessaire d'y aller. Sans vraiment savoir savoir ce que je recherchais mais espérant trouver le meilleur.
Une semaine plus tôt, j'avais rencontré M. Scheske de l'UNHCR (ndt: le représentant du Commissariat pour les réfugiés de l'ONU) à Strasbourg, il était très optimiste sur mon voyage en Serbie et m'avait demandé de lui écrire sur les suites. Le problème est que ce n'était pas aussi fantastique qu'il le pensait - tout au moins pas comme il le pensait. La conférence était instructive, j'ai rencontré des gens formidables, j'ai acheté de jolies bottes, le temps était excellent et les gâteaux étaient comme dans un rêve, mais jusqu'au dernier jour tout était effrayant comme au premier jour.
Bien que nos hôtes des différentes ONG serbes avaient fait tout ce qui était en leur pouvoir pour nous rendre le séjour agréable, il n'y avait rien qu'ils puissent faire contre les graffitis radicaux et les affiches présentes dans tout Belgrade. Ni contre les manifestations nationalistes quotidiennes de soutien à Radovan Karadžić. Ni le simple fait que j'étais toujours consciente que j'étais une Bosniaque en Serbie. Il y a eu aussi quelques remarques stupides, même au cours de la conférence. Et chaque fois que je voyais une personne d'un certain âge je me demandais: "où étiez-vous durant les années 90? que faisiez-vous?".
Pour ceux habitent en Serbie depuis des années, la situation actuelle est probablement bien meilleure qu'il y a dix ou même cinq ans. Peut-être n'ont-ils pas même pas relevé les graffitis comme je l'ai fait car ils en avaient déjà probablement vu bien plus avant. Moi, de mon côté, je n'ai pas le passé pour comparer. Je ne pourrais dire que les choses sont formidables maintenant et que "vous auriez simplement du voir comment c'était avant". Je sais qu'il y avait bien plus de personnes aux manifestations radicales auparavant, et si c'est encourageant que le nombre soit en diminution, même 20 personnes c'est encore trop à mes yeux.
Je voudrais lire les choses sur les murs et les reconnaître de ceux de la guerre dans mon pays. Les mêmes slogans qui ont fait de moi une réfugiée. L'année 1389 était taggée partout, dans certaines rues vous pouviez voir une affiche incroyable d'avis de recherche du ministre néerlandais des Affaires étrangères des Pays-Bas, et sur la place principale on trouvait des stencils sur Radovan Karadzic. Il n'y avait aucun moyen pour que je puisse me sentir à l'aise parmi tout ça, pas même entourée de visages d'amis.
Pourtant cela a vraiment été agréable de rencontrer des militants locaux comme par exemple les Femmes en Noir de Belgrade, qui ont commencé leur action avant 1991. Dans leurs bureaux foisonnent les livres sur l'antimilitarisme, les droits de l'Homme et la guerre en ex-Yougoslavie (elles m'en ont offert une énorme pile) et des photos touchantes des actions de rue à Belgrade et ailleurs. Des banderoles disant "Peuple de Sarajevo, tu n'es pas seul" et "Femmes en Noir contre la guerre". Le 9 novembre elles ont invité les participants de la conférence UNITED à commémorer la Nuit de Cristal en leur compagnie dans la principale rue piétonnière (Knez Mihajlova), et tout à trac je me suis retrouvée en plein milieu de Belgrade arborant un drapeau de paix, entourée de personnes avec des signes antifascistes. C'était surréaliste. Tout comme l'étaient les caméras de télévision pointées sur nous.
Durant l'action de rue, j'ai entendu un homme qui demandait à quelques manifestants le pourquoi de leurs signes. "Ça veut dire quoi que vous êtes contre le fascisme? Il n'y a pas de fascisme ici, de quoi vous parlez? Ça a fini avec la seconde guerre mondiale!" Il est difficile de combattre un problème quand les gens ne se sentent pas concernés. Mais être là avec un groupe des Femmes en noir et des participants de la conférence UNITED issus de toute l'Europe, quelqu'un d'aussi improbable que moi, une réfugiée bosniaque en plein de milieu de Belgrade, pouvait se dire qu'il y a toujours de l'espoir pour cette cause.
6 commentaires:
Merci pour la traduction et le pingback :) Pourtant ça m'étonne que le mot français pour "activist" est "militant", je trouve ça plus aggressif que simplement "activiste". Mais peut-être qu'il s'agit de l'interférence de l'anglais de ma part. :)
Bonjour et merci pour votre réaction (en français qui plus est).
"Activiste" et "militant" sont deux synonymes mais le premier est parfois connoté négativement (même si c'est parfois léger, au sens: "quelqu'un qui s'agite"). Les personnes qui s'engagent en faveur des droits humains sont généralement appelées des "militants des droits de l'Homme".
"Militant" est aussi parfois remplacé par "défenseur des droits de l'Homme".
Dans la phrase en question, l'emploi de ces trois expressions ou mots n'affecterait pas le sens.
Je traduirai peut-être prochainement votre article plus récent sur les relations que la Serbie entretient avec son passé (si vous n'y voyez pas d'inconvénient), à moins que je ne propose un résumé. Bien à vous, Dragan
Ouch. I don't speak French, but take a look at photos of torture:
http://srebrenica-genocide.blogspot.com/2008/11/torture-of-bosniaks-in-sanjak-serbia.html
Thus I learn more French, merci :) You're welcome to translate or write a summary of the newest article. I don't know what I'll be writing about next, before switching to English I wrote a lot about Danish politics. Can you recommend some blogs or websites other than the ones in your blogroll? Thanks.
Amila, French words often sound more weighty than the English cognate.
Dan, you could have worded your comment better, but it's a very interesting article you've posted about the crimes perpetrated in Sandzak, including Milan Lukic's murder of the abductees from Sjeverin.
Le message de Danile renvoie a un article sur les souffrances des Bosniaques du Sandzak.
For the transcript of Veran Matic's documentary see:
http://www.b92.net/english/special/sjeverin/features2.php
(Transcription - traduction en Anglais - de la bande sonore du film de Veran Matic au suject des gens de Sjeverin, Sandzak, kidnappes et tues par Milan Lukic)
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