
L’actualité nous renvoie, une fois de plus, aux prétoires du TPIY. En effet, ces derniers jours a (re-)commencé le procès de Vojislav Seselj devant le Tribunal Pénal pour l'ex-Yougoslavie, à La Haye. Les chefs d’accusation: crimes contre l’humanité, et crimes de guerre, dont un certain nombre ont été mis en oeuvre par les hommes de main de l’accusé (surnommés les Tchetniks).
L’homme est généralement considéré comme le chantre nationaliste d’une "grande Serbie". Lors de l’éclatement de la Yougoslavie certains milieux s’étaient en effet convaincus qu’il était nécessaire de regrouper au sein d’un même État l’ensemble des régions sur lesquelles vivent de fortes majorités serbes (par exemple les Serbes de Krajina en Croatie).
On présente souvent V. Seselj comme un de ceux qui a, par sa propagande, poussé de nombreux soldats ou milices (plus ou moins officielles) à commettre des crimes contre des civils, les incitant à l‘épuration ethnique, poussant à la peur et la haine. Dans une déclaration, l’accusé avait reconnu haïr les Croates. Slobodan Milosevic considérait lui-même V. Seselj comme "
la personnification de la violence et du primitivisme".
Selon la procureure, Christine Dahl, citée par La Tribune, "
Durant la guerre, il a adopté le rôle de commandant paramilitaire qui a levé sa propre armée de volontaires. Il les a endoctrinés avec ses propres idées toxiques et les a envoyés sur les lignes de front où (ils) ont commis des crimes de guerre". La procureure a mis en cause, selon Le Monde, "
le type de nationalisme qu'il a défendu (qui) a été un poison pour tous (...)
La fierté nationale n'a pas besoin de la peur, de la haine, de la destruction des autres et de leur religion".
Selon le Comité Helsinki pour les droits Humains, cité par B92, "
V. Seselj a aidé à créer les conditions de la guerre. Le procès montrera certainement comment la propagande de guerre a fonctionné, et il montrera le rôle qu’ont joué les médias".
Le procès est très complexe et gigantesque, on compterait 207.000 pages, 101 témoins seront appelés à témoigner.
L’accusé se défend sans l’aide d’aucun avocat et il est donc fort probable que son système de défense repose sur d‘autres arguments que juridiques. Il a d’ailleurs annoncé que sa défense sera politique.
Vojislav Seselj est toujours une figure de premier plan du Parti Radical Serbe (SRS) dont il est, formellement, le Président. Le SRS continue de soutenir à corps et à cris son ancien leader; son Secrétaire Général actuel, Aleksandar Vucic avait d'ailleurs annoncé une crise politique si le procès n'était pas retransmis en direct à la télévision il y a peu. Le SRS est devenu le 1er parti d’opposition.
Biographie (d‘après BBC News): né en 1954 en Herzégovine, il est emprisonné en 1984 pour avoir critiqué les autorités communistes. Après la création du SRS en 1990 il est élu en 1991 au Parlement et poursuit une carrière politique marquée par un nationalisme obtus et belligène. Il a été vice-président du gouvernement sous Milosevic. Il se présente volontiers comme le successeur du mouvement des Tchetniks. Parmi ses fans, la milice des "Seseljovci". Le cœur de son nationalisme repose sur une rhétorique populiste de victimisation.
Sources: B92, BBC News, La Tribune/DI Group, Reuters, Le Monde.